Un jour, il faudra faire une étude sur la ville de Boulogne et l’incroyable vivier de rappeurs talentueux auxquels elle a donné naissance. Récemment élue 12ème ville préférée des français fortunés, elle ne correspond pas exactement à l’idée que l’on se fait de la ville hip-hop (attention, j’ai pas dit ‘Hip Hop ville’ hein). Et pourtant, entre les Sages Po, Nysay, Lunatic, Kohndo, Egosyst, Mo’vez Lang, Sir Doum’s etc, elle fait figure de centre de formation impressionnant. A la vue de notre top 100, on ne peut pas dire que Boulbi ait été sous-représentée, plutôt écrasée par le poids de Booba. Présent sur 17 morceaux, l’autoproclamé Duc de Boulogne est incontestablement le grand gagnant de ce classement, comme s’il avait réussi à écarter les autres membres de la famille pour rafler l’intégralité de l’héritage boulonnais. Si même à Boulogne, il y a aussi Booba et les autres, c’était l’occasion de parler de ces « autres ».
Top 100 : il n’y a pas que Booba à Boulogne
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Les 100 classiques du rap français.
Tout est parti d’un message sur notre forum au début de l’été : Et si on élisait les 100 titres ultimes du rap hexagonal ? C’est vrai, après tout, rien ne vaut une bonne liste, non ?
700 votes et quatre mois de préparation plus tard, voici enfin les résultats.
Et pour fêter l’événement, nous ne sommes pas venus seuls.
Prêts ? Alors pour découvrir vos 100 classiques du rap français, cliquez-ici.
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Interview : Oxmo Puccino
Le temps passe vite, ça n’est pas à Oxmo qu’on l’apprendra. Alors, on vous laisse imaginer à quelle vitesse filent trente minutes face au Black Jacques Brel. Pour l’occasion, on a décidé de s’attarder sur « L’arme de paix », album qui se bonifie au fil des écoutes et qui, assurément, méritait d’être davantage décortiqué.
Abcdr : Lors de notre précédente interview, tu décrivais ton premier album comme un « enfant gâté », alors que le deuxième était « très difficile ». Comment compares-tu l’expérience « L’arme de paix » par rapport aux autres ?
Oxmo Puccino : Comment je positionne « L’arme de paix » ? [Il hésite longuement] Je positionne cet album comme un grand-frère qu’on attend longtemps, qui plane, de qui on s’inspire sans le savoir…Et quand finalement on grandit, on se rend compte que c’était lui le modèle, le grand-frère. Voilà comment je vois « L’arme de paix ». C’est quelque chose que je m’imaginais, que j’avais comme objectif et que j’ai atteint sans m’en rendre compte. C’est comme si j’étais dans ma montagne en train d’escalader les rochers pendant longtemps et que, tout d’un coup, je m’étais rendu compte que j’étais au sommet mais que je n’avais pas pris le chemin le plus évident.
C’est comme ça que je considère « L’arme de Paix » parce que c’est ce que j’ai toujours voulu atteindre en termes de fidélité musicale et émotionnelle. Je n’étais pas parvenu à faire ce que je voulais à l’époque du deuxième album, à l’époque du « Cactus de Sibérie ». Je n’en avais pas les moyens. Regarde un titre comme ‘Demain peut-être’. Il est très inexact, il est un peu faux, un peu crié…
A : C’était aussi le charme de tout cet album…
O : C’est vu comme du charme avec du recul mais sur le coup…Ce sont aussi des morceaux que je mettais une journée à poser en studio. Aujourd’hui, ça me prendrait deux heures. A l’époque, je n’arrivais jamais au bout de la course et c’est d’ailleurs ce qui m’avait poussé à recommencer sur l’album suivant.
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Une semaine de concerts dans le 18ème
Enfin une semaine, il faut le dire vite. Disons que l’on va s’intéresser à trois des gros concerts parisiens qui ont rythmé le XVIIIème arrondissement cette semaine. Rappel des faits : Snoop donnait un concert (a priori) exceptionnel à l’Elysée Montmartre mercredi 25 novembre. Le lendemain, à une centaine de mètres, Booba faisait son Autopshie show à la Cigale, concert qui était retransmis en direct sur le site de Canal +. Enfin, toujours à la Cigale, Youssoupha prenait le relais vendredi dans une salle qu’il affectionne tout particulièrement (ne disait-il pas qu’il était passé de « l’illégal à la Cigale à guichets fermés »).
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Chronique : Salif – Curriculum vital
Chronique par Mehdi | Publiée le 20/11/2009
Sortie : 28 Septembre 2009
Durée : 78′21
Label : AZ
Format : CD/Vinyle
En 1993 sortait « Carlito’s Way », deuxième collaboration entre De Palma et Pacino qui, avec le temps, s’est rapidement imposée comme une sorte de fin alternative à « Scarface », son ainé de dix ans. L’histoire de Carlito était celle d’un Tony Montana réchappé de la mort via un séjour en prison salvateur qui, une fois n’est pas coutume, avait réussi à dégouter un détenu du crime. Longue fresque brumeuse remplie de nostalgie, le dernier véritable grand film de De Palma semblait vouloir dire en filigrane que, peu importe les efforts fournis, la rue finissait toujours pas rattraper ses ressortissants. Street is watchin’. Sorte de vase clos régi par ses propres codes, elle cachait d’innombrables secrets qui n’étaient pas censés en sortir. L’un des moments les plus émouvants du film est sans aucun doute lorsque Penelope Ann-Miller, petite-amie de Carlito reconvertie en gogo danseuse après avoir longtemps rêvé de Broadway, lui demande s’il a déjà tué quelqu’un. Pris au vif, Carlito décide de bricoler une question sur le déterminisme social et l’insécurité qui règne dans les rues de New York. En 2009, il pourrait lui faire écouter « Curriculum vital ».
« On vit pour le quartier, meurt pour le quartier, tombe pour le quartier, se plombe pour le quartier, traîne pour le quartier, se perd pour le quartier…sans jamais se demander ce que le quartier fait pour nous »
Dès le morceau introductif, Salif donne les principales clefs d’un disque qui n’a que la rue comme thématique. Flow lancinant et répétitif, limite paresseux, il emboîte presque involontairement le pas à Youssoupha en disant que son disque sera lui aussi un « éternel recommencement ». Ses deux couplets disent exactement la même chose, seul le choix des mots diffère. Les « Blocks » deviennent « streets », les « strophes » des « titres » et la « drogue » du shit ». L’air de dire qu’il pourra trouver des dizaines de formulations inédites, enchaîner les assonances ou changer perpétuellement de flow, la finalité sera toujours la même. A la fois narrateur et acteur, les mots de Salif s’apparentent à une voix-off omnisciente, chef d’orchestre d’un gigantesque storytelling de dix-huit titres.
Dans « Curriculum vital », il est donc majoritairement question de la relation ambigüe entretenue par Salif avec la rue, point névralgique d’un disque aux très rares éclaircies. Entre attraction et répulsion, volonté de s’en sortir et résignation, il se demande 78 minutes durant ce qui peut expliquer la fierté incompréhensible ressentie par ces banlieusards envers un quartier qui ne leur offre que trop peu de perspectives (« le quartier m’a eu » lâche t-il sans ambages sur ‘Autodidacte’). Un quartier qui oublie ceux qui ont contribué à forger sa réputation (‘Eh l’ancien), les prive d’avenir décent (« Seul et sans diplôme je resterai dans le hall, au pire des cas j’irai en taule ») et qui ne semble laisser qu’un choix limité aux plus motivés (« Tu veux être quelqu’un dans le quartier ? Fais des études ou arme-toi »). Les rares ensoleillements musicaux (‘CV’, ‘Cursus scolaire’, ‘La routine’, ‘Elevation’) ne sont que des trompe-l’œil avec comme unique fonction d’apporter un semblant de diversité musicale à un disque qui a l’asphalte comme fil conducteur.
« Moi je n’avais rien à part une sav’ et un schlass, je ne m’imaginais pas avec une femme et un taf »
Paradoxalement beaucoup plus street que ses street-CD’s, l’ambiance de ce deuxième album peut s’avérer étouffante tant l’auditeur se sent coincé entre deux tours, confiné dans un univers brutal et sans échappatoire. Atteint de la paranoïa (‘A ma place’) de celui qui se sait capable de replonger à tout moment, Salif oscille entre une lucidité souvent bluffante et ses réflexes de « mec de tess ». Un peu comme Carlito torturé entre son besoin de se ranger et son vieil instinct qui l’avait amené à pousser Benny Blanco du haut d’escaliers et à accélérer indirectement sa triste fin, Salif se situe à la croisée de ces deux chemins, la réussite plein d’éclat ou l’échec cuisant. Focalisé sur le bitume, l’album est donc à double tranchant. Le risque d’essouffler l’auditeur semble assumé de bout en bout, parce qu’au fond « Curriculum vital » n’est pas un disque facile. Bloc homogène et diablement solide, il a pour but d’être écouté d’une traite, avec ses sommets et ses passages, a priori, plus anecdotiques.
En effet, certains titres, pris indépendamment, n’ont qu’un intérêt limité alors qu’ils s’intègrent avec succès dans le tableau d’ensemble peint par Salif. Il en va ainsi des morceaux comme ‘A ma place’ ou ‘Autodidacte’ qui servent davantage à marquer un temps d’arrêt à côté des explosifs ‘Véridik’ et ‘Cash converter’, hymne poisseux conciliant habilement storytelling et technique irréprochable. Technique encore à l’honneur sur le défouloir ‘Blow’, unique piste véritablement egotrip de l’album laissant libre cours au délire mégalomane du MC (« Je vois les MC’s comme des filles de l’est ») qui, en ne collaborant avec aucun autre rappeur, se marginalise un peu plus. Conscient de la concurrence qu’il regarde de loin, Salif a préféré délivrer un témoignage de tout un pan de sa vie plutôt que de rentrer dans le jeu du rap français. Plein de regrets et de désillusions (‘R.U.E’), inévitablement nostalgique (‘Warriors’) et porteur d’une qualité de narration rare (le tubesque ‘Monte au charbon’, l’efficace ‘La routine’ et sa prod très « Aftermath » concoctée par Said des Mureaux), « Curriculum vital » est un projet sombre à souhait, qu’on n’écoutera peut-être pas quotidiennement mais assurément essentielle dans la carrière de son auteur. Surtout si on le met en parallèle avec l’interview qu’il nous a récemment donnée et dans laquelle il rapprochait le rap d’une thérapie et espérait, après ce disque, pouvoir enfin parler d’autre chose. A écouter avec intérêt donc en attendant une suite qui s’annonce prometteuse.
Article paru sur le site Abcdrduson.com.
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Call it a comeback
Ex-grand espoir du rap français, Fdy Phenomen n’avait plus fait parler de lui depuis un long moment et le bootleg « Le charcutier » sorti en 2005. Ancien membre des Rimeurs à Gage, présent sur bon nombre des compilations importantes du début des années 2000, Fdy nous avait laissé sur notre faim avec « Ca d’vait arriver », premier album prometteur mais quelque peu inégal sorti en 2002 chez Secteur Ä. Plus décidé que jamais à se refaire un nom dans ce rap français, il revient avec un deuxième opus intitulé « Qui peut tuer la rage d’un assassin ? » porté par ‘Pour rien’, premier extrait revanchard à souhait. Rendez-vous sur son Myspace pour en savoir plus et en janvier 2010 dans les bacs.
News parue sur le site Abcdrduson.com.
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Interview : Youssoupha.

Avec « Sur les chemins du retour », Youssoupha s’apprête à affronter l’étape difficile du deuxième album. L’occasion pour nous de nous entretenir avec lui sur ce nouveau projet mais de revenir également sur ses débuts avec le Ménage à 3, son premier street-CD, son expérience chez Popstars ou la féroce polémique qui l’a opposé à Eric Zemmour.
Abcdr du Son : Ton père Tabu Ley Rochereau était un musicien très connu dans les années 70. As-tu été bercé dans la musique et su très tôt que tu en ferais ton métier ?
Youssoupha : S’il devait y avoir un rapport artistique entre mon père et moi, il ne pourrait qu’être dû aux lois de la génétique. Même si je le croisais de temps en temps, je n’ai pas grandi avec mon père, mes parents se sont séparés quand je n’étais même pas encore en maternelle. On ne peut pas dire qu’il m’a transmis quelque chose. Malgré tout, c’était vraiment un amoureux de la musique et je pense qu’il doit se passer quelque chose de génétique. Même si je ne pourrai pas faire le tiers du quart du dixième de ce qu’il a fait parce que c’était un artiste vraiment reconnu et qui a marqué la variété africaine, j’ai cette même passion. Je ne vois pas d’autre explication que les lois de la génétique.
A : Comment es-tu venu au rap ? Quels sont les premiers albums qui t’ont marqué ?
Y : Le rap n’est pas la musique avec laquelle j’ai grandi, bien au contraire. J’ai grandi à Kinshasa dans les années 80 et le rap n’y était pas très bien relayé. Quand je suis arrivé en France vers 9-10 ans, j’écoutais surtout la musique du bled et Michael Jackson. Le rap est venu après. Comme tous mes potes de Cergy, je regardais la télé et les premiers trucs qu’on voyait c’était Vanilla Ice, MC Hammer etc. D’où ma punchline sur ‘A force de le dire’ quand je dis « J’fais pas le gangster, ça c’est véridique, notre génération a trouvé le rap français à travers Benny B ». Il y a beaucoup plus de rappeurs qui ont connu le rap à travers Benny B qu’il semble y en avoir. Personne n’en parle jamais, comme s’il n’avait jamais existé, alors que je me souviens que les jeunes de mon âge écoutaient tous ça. Aujourd’hui, il n’en reste rien et ça fait peut-être partie des complexes du rap français. Je ne dis pas qu’il n’y avait que ça mais à l’époque j’écoutais aussi bien Benny B que NTM. Je passais de « Qu’est ce qu’on fait maintenant ? » à « C’est clair, t’as le toucher nique ta mère ». Je ne cherchais pas à hiérarchiser les rappeurs et à déterminer qui était vrai et qui ne l’était pas. Après effectivement, on s’est davantage posé la question quand des groupes comme NTM et IAM ont recadré les choses et que le rap s’est diversifié avec Solaar, Rapline etc. Ensuite, on est passé à un rap plus consistant.
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Interview : Salif.

Événement de la rentrée rap français, la sortie de « Curriculum Vital », deuxième album de Salif, est l’occasion de nous entretenir longuement avec le « Boulogne Boy ». IV my people, Zoxea, Kanye West, le téléchargement… Comme sur disque, Salif s’est livré sans calcul.
Abcdr du Son : On va revenir sur tes débuts. Comment t’es tu lancé dans le rap ?
Salif : En voyant les Sages Poètes de la Rue sur scène. Déjà, ils étaient de mon quartier et puis je trouvais qu’ils avaient vraiment quelque chose au niveau du style, de la dégaine. A ce moment là, je n’étais pas du tout à fond dans le rap. Le fait de les avoir vu devant moi a matérialisé un peu la chose et ensuite j’ai apporté mes propres retouches. Eux parlaient énormément de leurs flow, Dany Dan de ses sapes et moi j’étais plus dans mon délire caillera à raconter les choses que je faisais dehors. Par rapport aux mecs avec qui je traînais, le rap n’était pas forcément la chose à faire donc j’ai commencé un peu en cachette. J’étais dans mon coin et de temps en temps j’allais voir Zoxea pour lui montrer ce que je faisais. Au fur et à mesure, ça a commencé à se construire : j’ai fait les backs de Zoxea, sa tournée et c’est comme ça que j’ai rencontré Kool Shen. Quand je faisais les backs de Zoxea, je rentrais toujours sur une impro, différente chaque soir. Pas d’impro préparée donc et, de toute façon, j’étais tout le temps défoncé donc je ne me posais pas vraiment la question. Je pense que c’est à ce moment que Kool Shen a repéré ma fougue, mon envie et sûrement un certain talent aussi. Il faut savoir que j’avais déjà commencé à bosser un album solo avec Zoxea à l’époque où il avait son studio, avant l’aventure IV my people. Kool Shen venait de faire celui de Zoxea et m’a dit qu’il aimerait bien produire le mien sur sa structure. J’en ai parlé avec Zoxea qui m’a dit de foncer.
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Interview : West Coast Theory.

Quand deux beatmakers amateurs s’en vont réaliser un documentaire sur l’industrie musicale à Los Angeles, ça donne « West Coast Theory », long-métrage épatant dans lequel se croisent des personnalités aussi hautes en couleurs que Snoop, Muggs, Battlecat ou Will.IAM. Rencontre avec Maxime Giffard et Félix Tissier, les deux réalisateurs.
Abdrduson : Pouvez-vous vous présenter ? Quel a été votre parcours avant « Westcoast Theory » ?
Maxime : Maxime Giffard, co-réalisateur et auteur de « Westcoast Theory ». Avec Félix, tout a commencé quand on faisait du son ensemble. Sinon, j’ai fait des études de droit donc ma formation n’a pas grand rapport avec mon métier actuel.
Félix : Félix Tissier, co-réalisateur de « Westcoast Theory », graphiste et directeur artistique qui s’était mis doucement à la vidéo et qui a complètement plongé dedans avec « Westcoast Theory ».
A : D’où est venue cette idée de réaliser un documentaire sur la westcoast et le son de L.A ?
F : Comme disait Maxime, on faisait des beats ensemble à l’époque. En parallèle, je faisais des interview pour un site web et, quand je suis allé interviewer Rohff, Richard Segal Huredia était derrière la console. Du coup, avec Maxime, on s’était dit que ce serait sympa de l’interviewer et on s’est super bien entendu avec lui. On est vite devenu potes, on traînait ensemble dans Paris.
En fait, je suis allé à Los Angeles dans le cadre d’un autre projet et je me suis reconnecté avec lui. Je me suis rendu compte que son entourage était composé de grands producteurs et rappeurs et que les approcher était beaucoup plus simple que quand on les croisait à Paris. Quand je suis revenu de Los Angeles, j’ai discuté avec Maxime et on était d’accord pour dire que Segal avait un immense savoir capable de répondre aux multiples questions que se posaient des beatmakers amateurs comme nous.
M : A l’époque, on faisait des beats qui, s’ils étaient poussés à un niveau de décibels à peu près présentable, étaient absolument inaudibles. J’ai récemment réécouté certains de nos beats et c’est vrai qu’on marchait un peu sur la tête. Du coup, avoir accès à ce mec là était une chance assez inouïe. Au départ, on pensait à des mecs comme nous et l’idée était de faire un masterclass de mix chez Segal histoire que tous ceux qui avaient un home studio puissent reprendre la chaîne de fabrication et voir où est ce qu’il était possible de progresser. A la base, il s’agissait du beatmaker lambda qui rencontre le mec responsable de l’album qui a explosé toutes les barrières au niveau du mix : « Chronic 2001″. On a commencé le master class et Segal en a eu un peu marre de faire du discours indirect à chaque fois qu’on lui posait des questions sur ses potes.
Du coup, il nous a permis d’aller à la rencontre de ces gens là et le film a pris une toute autre tournure. Il y avait aussi quelque chose d’important qui se passait avec, d’une part, la fermeture des grands studios et, d’autre part, la réorganisation de ces producteurs vers des home studio à un moment où les réductions de coûts s’imposaient compte tenu de la baisse des ventes…On a remarqué qu’il y avait toute une histoire à laquelle on n’avait pas pensé et qu’il fallait pourtant absolument raconter.
F: Du coup, un tournage ne nous a pas suffi et on a dû y retourner. Après le premier tournage, on est revenu avec beaucoup d’interviews mais pas de quoi réaliser un documentaire complet.
M : Par exemple, on n’avait rien sur le mastering. On savait que Bryan « Big Bass » Gardner avait fait, entre autres, les premiers NWA, le premier Chronic et qu’il avait une responsabilité vis à vis du son qu’il aurait été intéressant d’exploiter dans le DVD. Pareil pour Roger Lynn [NDLR : il a créé la première boîte à rythmes en 1979] avec la MPC.
On s’est dit que l’histoire qu’on voulait raconter devait comporter ces deux mecs là. Ce sont donc les deux mecs aux cheveux blancs du film – qui ne sont d’ailleurs pas forcément les moins jeunes d’esprit. Du coup, on a pu voir Too Short, B-Real, revoir Muggs et épaissir au fur et à mesure le projet.
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Interview : Aelpéacha.

Depuis plus de dix ans, Aelpéacha s’est forgé une place de choix dans le rap français. Avec plusieurs albums référence à son actif, le « Val de Marne rider » est un artiste complet, aussi à l’aise derrière les machines qu’au micro. Encore à l’origine de la compilation « Chargé » sortie en avril dernier, il revient avec nous sur son parcours, ses influences et ses projets.
Abcdrduson : On va commencer par le commencement. Quels ont été tes premiers contacts avec le rap ?
Aelpéacha : Mes premiers contacts avec le rap…[il hésite] Franchement, le premier son de rap qui m’a fait rigoler c’est ‘Bouge de là’. Avant, il y avait un côté un petit peu contestataire, rap de cité qui me saoulait. J’étais pas trop là-dedans. J’écoutais plus de musiques ensoleillées, notamment du reggae. Mais ‘Bouge de là’ m’a bien fait rigoler. Après, la grande claque c’est Dre avec ‘Fuck wit Dr. Dre day’. Là j’ai dit : « Ok c’est bon, j’ai compris ». « The Chronic » est vraiment devenu mon disque de chevet et, ensuite, tous les dérivés de « Chronic » étaient, pour moi, gages de qualité. En ce qui me concerne, tout part de « Chronic ». Honnêtement, si Dre n’avait pas fait cet album, j’aurais peut-être fait l’impasse sur le rap. Avant, j’écoutais le rap mais de très loin.
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