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1797 : Il semblerait que les émissaires du Ministère des Affaires étrangères françaises aient réclamé des pots de vin de la part des américains à l’occasion de la négociation d’un traité. La révélation provoque un scandale et le Président Adams devra faire de son mieux pour éviter une déclaration de guerre.

1945 : A la Libération, Roosevelt voulait considérer la France de la même manière que les Pays-Bas et l’Italie et placer l’hexagone sous l’AMGOT. C’était sans compter sur la détermination à toute épreuve du Général de Gaulle qui se démènera pour que le gouvernement provisoire puisse avoir autorité sur l’ensemble du territoire français.

1966 : Désireux de faire valoir l’indépendance de la France, De Gaulle n’a pas le temps et fait définitivement sortir la France du commendament intégré de l’OTAN.

2003 : Au Conseil des Nations Unies, Dominique de Villepin prononce son fameux discours qui signifiera le désaccord total des Français quant à l’invasion de l’Irak. Lyrisme, panache à la française et insolence bien hexagonale, on raconte que Kémi Seba himself était fier d’être français ce jour là.

2010 : Le nouveau groupe en vogue du rap français, la Sexion d’Assaut, est censée faire la première partie de l’autoproclamé « Best rapper alive » Jay-Z qui est à Paris pour donner un concert à Bercy. Seulement, l’Américain n’aurait pas « suffisamment respecté » les MC’s Parisiens qui ont déserté le jour même du concert. Eh ouais.

Il n’y a pas à dire, l’exception culturelle française est encore bien vivace.

Publié par : Mehdi | juin 7, 2010

Interview : Taipan

Lorsqu’on l’avait rencontré en 2005, Taipan commençait tout juste à penser à son premier album. Cinq ans plus tard, la moitié de Taichi sort « Je vous aime », un disque atypique et radicalement différent de ce à quoi il nous avait habitué ces derniers temps. Rencontre avec un rappeur qui sait ce qu’il veut.

Abcdrduson : Ton album était annoncé depuis un moment. Qu’est ce qu’il s’est passé depuis tout ce temps et quelles ont été les différentes étapes de création ?

Taipan : J’ai commencé l’album au moment où Céhashi a signé chez Warner. Il a été pris par cette affaire donc j’ai commencé l’album de mon côté avec des prods faites par mes soins et mon gars Homemade qui a d’ailleurs enregistré l’album à Bruxelles. Chez Warner, Céhashi donnait énormément de prods mais il a pas mal été freiné par le fait que ses instrus contenaient beaucoup de samples. En l’espace de 1 an et demi/2 ans, il a dû filer près de 400/500 prods sans que ça ait vraiment donné quelque chose… Ca l’a un peu dégouté. Quand j’ai fini cette première version de l’album qui ne contenait qu’une ou deux prods de Céhashi, il est revenu me voir en me disant qu’il aimait bien le travail qui avait été fait, que les textes étaient bons mais qu’on manquait un peu de sa maîtrise. Etant un peu lassé de la tournure que les choses avaient prises chez Warner, il m’a proposé de reprendre les morceaux de A à Z. Ensuite, on a fait une deuxième version de l’album ensemble. Et de ce point là, on est encore reparti à zéro pour aboutir sur une troisième version qui est l’album qui sortira le 8 mai.

A : Pour quelles raisons êtes vous repartis sur une troisième version ?

T : Comme je te disais, les prods de la première version n’avaient pas le niveau à côté de ce que pouvait faire Céhashi. Ensuite, quand Céhashi est arrivé, on s’est retrouvé dans la même situation que les femmes accrocs de chirurgie esthétique : elles commencent par se faire refaire les nichons, ensuite le cul, le visage… C’est un cycle sans fin et on est un peu tombé dans ce piège. A un moment, on s’est arrêté en acceptant l’idée qu’il était toujours possible de faire mieux et qu’il fallait maintenant sortir cet album.
Le mauvais côté c’est que l’album a mis 4 ans à sortir et donc que certains textes ont 4 ans. Le bon côté c’est que les prods sont très fraîches.

A : Justement, tu nous dis que certains textes ne sont pas récents. Est-ce qu’un texte comme ‘Viens-là mon frère’ était quelque chose que tu gardais au chaud depuis longtemps ?

T : C’est le dernier morceau qui a été écrit sur l’album et il découle vraiment d’une rencontre avec un pote que je n’avais pas vu depuis des années. Ca n’était pas du tout quelque chose de calculé depuis longtemps. J’ai revu un pote qui s’était un peu fait bouffé par la vie. Ca m’a trotté dans la tête pendant quelques jours et j’ai lâché ce texte. Tu revois cette personne et tu reparles de tous les gens que t’as connu, de ce que tu as fait de ta vie, de ce qu’il a fait de la sienne… J’ai vraiment essayé de retranscrire cette ambiance de retrouvailles. Tu comprends aussi pourquoi t’as perdu de vue ce gars. Quand tu es gosse, tu ne choisis pas tes potes et tu prends les premiers qui arrivent. En grandissant, c’est un peu différent et les chemins se séparent… Voilà, il n’y avait pas de calcul avec ce morceau.

Lire la suite de l’interview.

Publié par : Mehdi | juin 7, 2010

Chronique : Taipan – Je vous aime

Chronique par Mehdi | Publiée le 09/05/2010

Sortie : 8 Mai 2010
Durée : 64’22
Label : LZO Records
Format : CD/Vinyle

Il s’en est passé des choses depuis 2003 et la participation de TaiChi au concours Max de 109. Un premier passage chez Skyrock qui précédait une street-tape regroupant l’ensemble des morceaux marquants enregistrés par Taipan et Céhashi, respectivement rappeur et beatmaker lorsqu’ils se retrouvent dans un studio et cousins dans la vraie vie. Entre temps, Céhashi a été signé chez Warner sans que l’expérience ne soit vraiment concluante tandis que Taipan a pris son temps pour perfectionner son premier album solo. Une signature chez LZO Records plus tard et le projet commençait à prendre sérieusement forme. Les trois dernières années furent l’occasion pour Taipan d’abreuver abondamment l’internaute de freestyles impulsifs, de morceaux inédits et de punchlines mémorables. Céhashi ayant entre temps quitté Warner et rejoint Ponds sur la création de ce qui s’appellera finalement « Je vous aime », la machine était définitivement lancée. Après de multiples retouches, le produit est enfin fini et lâché dans la nature.

« Je n’attends pas qu’on m’apporte le Nobel, je ne porte pas l’œil aux gens, je leur porte l’oreille. »

Une première écoute de l’album suffit à imposer une première remarque à l’auditeur : si des risques sont pris aussi bien au niveau des thèmes abordés que des instrumentaux concoctés par Céhashi (producteur de 12 des 16 pistes), un étrange équilibre, insaisissable et difficilement descriptible, ressort de l’album. Comme si Taipan et Céhashi s’amusaient avec l’auditeur, prêchant le faux pour nous faire comprendre la vérité ou du moins « leur vérité ». A ce titre, ‘Je commence demain’ s’avère être un parfait exemple. Si Céhashi lâche un instrumental victorieux et triomphant, rampe de lancement parfaite pour déclarer au monde ses envies de conquête et de grandeur, Taipan et Soklak écrivent l’hymne potentiel du pôle emploi. L’ironie de l’histoire étant sûrement que l’entêtant refrain et l’imparable mélodie révèlent un potentiel tubesque surprenant. Surprenant, parce qu’imaginer le premier couplet de Taipan passer en boucle sur les ondes a quelque chose de diablement jouissif : « Ok le pôle emploi m’invite, j’ai rendez-vous pour un coaching, j’ai mis mon plus joli jogging, les chômeurs c’est des sportifs, tremper 2-3 tartines dans le Lexomil être motivé, motivé, « t’as toujours pas cotisé » m’a dit ma future-ex-copine, je n’ai toujours pas l’honneur de payer des impôts, j’ai rien d’un meneur, d’un suiveur, du coup je bouge pas trop, j’attends le bon boulot, payé comme il faut… »
1 minutes et 30 secondes plus tard et Soklak débarque en mode bulldozer. Sorte de fusion ultime entre Bernard Thibault et Jeff Bridges époque « Big Lebowski », il enfonce définitivement le clou au cas où il y aurait encore des sceptiques (« Pas question de gâcher ma vie à la gagner »).

Le reste de l’album est dans la même veine. Quand CHI livre un beat sombre aux accents quasi-morbides sur ‘L’ovni’, Taipan choisit de ne parler que de lui, assénant chaque rime comme un coup de poing entre second degré (« Reste honnête et je compatis tes morts et le jour de la mienne, joue la Compagnie Créole ») et nonchalance assumée (« Des fois, si je n’ai pas l’air d’être à l’écoute, ce n’est pas que je ne t’aime pas, c’est que j’m’en bats les couilles »). Cette même nonchalance utilisée comme une carapace par le maître de cérémonie qui, elle aussi, contribue à créer un paradoxe inédit. D’un côté, il y a les sujets universels abordés par Taipan et toutes ces phrases pleines de désillusions balancées comme s’il s’agissait d’indéniables vérités (« Tu n’es pas prié de le croire, tu luttes avec ou tu l’acceptes mais la vie est de droite ») et de l’autre, il y a l’interprétation de Taipan, toujours distant et jamais vraiment sérieux même quand il promet de l’être (« On t’a dit d’aimer ton prochain, t’as dit « à la prochaine », Cupidon ne fait pas dans la brochette » sur ‘Je t’aime bien’).

« Je ne viens pas te faire la morale ou t’expliquer la vie, j’ai plus de questions que de réponses, plus d’oxygène que d’amis. »

En nous prévenant que « Je vous aime » serait radicalement différent des morceaux remplis d’arrogance issus de la « Punchliner mixtape », LZO ne nous avait pas menti. Comme si Taipan était suffisamment passé sur le divan par le passé, il enfile aujourd’hui le rôle du psy et choisit de décortiquer l’individu lambda. Sans jamais s’oublier de s’inclure dans le lot. Qu’il s’amuse à décrire les différentes facettes des relations hommes/femmes (‘Mademoiselle’, ‘Les loups’), notre penchant pour le mensonge (‘La vérité vraie’ et son refrain entêtant comme un vieux tube de Snoop) ou les bavures policières au cours d’un étonnant storytelling (‘Sale flic’), Taipan est ce mec issu de la populace qui discute de tout et de rien avec ses semblables au long d’un projet qui, à l’instar de l’album de Grain 2 Caf sorti l’année dernière, pourrait légitimement être rangé au rayon « Chanson populaire » – et par la même occasion le réhabiliter.

Et puis, il y a surtout ‘Viens-là mon frère’, avant-dernière piste et véritable conclusion de l’album qui donne lieu à un instant de vérité comme le rap français n’en connait que trop rarement. Taipan, au fil d’une discussion avec une connaissance qu’il n’avait pas vu depuis un moment, s’y prend à faire le bilan sa jeune existance. Quand Grain de Caf et Oxmo donnaient leur âge de façon enfantine pour masquer le temps qui passe (« Trente ans et demie »), Taipan marque un temps d’arrêt (« Je réfléchis quand on me demande l’âge que j’ai ») et enchaîne les constats amers (« Un ami devenu médecin, combien devenus malades ? »). Morceau puissant dont on n’a finalement pas grand chose à en dire hormis qu’on pressent immédiatement qu’il devrait faire date.

Si la vitesse de croisière de « Je vous aime » connaît peut-être un léger ralentissement vers la fin, le projet n’en demeure pas moins rondement bien mené et devrait finir d’imposer Taipan comme une des meilleures plumes de l’hexagone et Céhashi comme un des beatmakers les plus polyvalents. Un premier album prometteur dont on espère que le successeur ne se fera pas autant attendre.

Article paru sur le site Abcdrduson.com

Si on jette un coup d’œil sur certains commentaires de la section blog où vers d’autres forums qui parlent occasionnellement de l’Abcdr, il semble que notre webzine soit éternellement destiné à être perçu comme le recueil des blancs mal rasés, des beatmakers foireux qui rêvent encore de sauver le rap à coup de samples de soul et de voix pitchées, de ceux qui écoutent du « rap bizarre » et qui opposent encore le « rap engagé » au « rap festif ». Peu importe qu’on ait chroniqué deux albums de Slim Thug, qu’Aspeum et Anthokadi aient disséqué la discographie de Booba, qu’on soit allé interviewer Salif et Sefyu, l’Abcdr sera éternellement considéré comme l’ami de Chiens de Paille, de Less du Neuf et de MF Doom, comme si ces deux facettes étaient diamétralement opposées et ne pouvaient pas coexister.

A partir de là, il y a de grandes chances qu’un billet au sujet de la Fouine en déconcerte plus d’un, d’autant plus s’il n’a pas pour but de descendre le rappeur de Trappes. Pourtant, La Fouine a incontestablement sorti un des meilleurs albums de rap français en 2009 et Capitale du Crime Volume 2 est encore de très bonne facture. Il est vrai que l’année passée n’a pas été un des meilleurs crus pour notre rap hexagonal et que rares furent les albums qui ont retenu notre attention. Il n’empêche que l’auteur de ‘Ca fait mal’ mériterait de recevoir la Victoire de la Musique pour « L’album de Musiques urbaines de l’année » (LOL). Pourquoi ?

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Publié par : Mehdi | mars 21, 2010

Interview Grain de Caf

Après avoir activement participé aux trois albums d’Octobre Rouge, Grain de Caf a sorti l’an dernier un premier album dans lequel il n’hésite pas à se livrer dans les grandes largeurs. Aller à sa rencontre était donc l’occasion pour nous de décortiquer cet opus et d’en savoir davantage sur celui qui, à la ville, s’appelle Thomas Traoré.

La pochette de l’album

Abcdr du Son : Au vu de la pochette, on ne sait pas si c’est Thomas Traoré qui sort l’album Grain 2 Caf ou l’inverse…

Grain 2 Caf : C’est une bonne remarque parce que je voulais un peu entretenir le mystère. Est-ce que l’artiste est Grain 2 Caf ou Thomas Traoré ? Est-ce que le titre de l’album est Thomas Traoré ou Grain 2 Caf ? C’est pas que j’ai un problème d’identité mais je pensais justement que les deux étaient indissociables. « Thomas Traoré » est mon titre d’album mais, évidemment, c’est mon nom et mon prénom. C’était marrant de jouer sur cette ambiguïté. D’ailleurs, quand on regarde la pochette, on a davantage l’impression que c’est Thomas Traoré qui sort l’album « Grain 2 Caf ». J’aime beaucoup l’effet visuel de la pochette aussi. C’est quelque chose que j’ai travaillé avec Alex Wise, mon graphiste. C’est discret, pas tape à l’œil, c’était vraiment le meilleur effet possible.

A : La pochette fait un peu penser à celle de « Kingdom come » de Jay-Z qui faisait apparaître le rappeur et l’entrepreneur. En ce qui te concerne, on a l’impression qu’on voit le rappeur et le citoyen. Tu voulais, après les trois albums avec Octobre Rouge, profiter de ton solo pour vraiment te livrer ? D’autant plus qu’en mettant Thomas Traoré, tu ne peux pas te permettre de mentir.

G : C’est exactement ça. Je ne voulais pas faire quelque chose de littéraire et d’autobiographique super précis et chiant avec des aspects cachés de ma vie qui emmerderaient tout le monde. Mais j’en suis arrivé à la conclusion que, même si tu arrives avec ta carapace de rappeur, c’est quand tu racontes les choses les plus personnelles que tu touches des gens. Ça leur parle parce qu’eux aussi sont passés par des situations similaires. Donc je voulais replonger dans des détails parfois anecdotiques de ma vie parce que je pense vraiment que tout le monde peut se reconnaître là-dedans. Même si tu es hermétique au rap ou à Grain 2 Caf et Octobre Rouge, c’est le genre d’albums dans lequel tu peux au moins te retrouver dans trois ou quatre titres.

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Publié par : Mehdi | décembre 22, 2009

Top 100 : il n’y a pas que Booba à Boulogne

Un jour, il faudra faire une étude sur la ville de Boulogne et l’incroyable vivier de rappeurs talentueux auxquels elle a donné naissance. Récemment élue 12ème ville préférée des français fortunés, elle ne correspond pas exactement à l’idée que l’on se fait de la ville hip-hop (attention, j’ai pas dit ‘Hip Hop ville’ hein). Et pourtant, entre les Sages Po, Nysay, Lunatic, Kohndo, Egosyst, Mo’vez Lang, Sir Doum’s etc, elle fait figure de centre de formation impressionnant. A la vue de notre top 100, on ne peut pas dire que Boulbi ait été sous-représentée, plutôt écrasée par le poids de Booba. Présent sur 17 morceaux, l’autoproclamé Duc de Boulogne est incontestablement le grand gagnant de ce classement, comme s’il avait réussi à écarter les autres membres de la famille pour rafler l’intégralité de l’héritage boulonnais. Si même à Boulogne, il y a aussi Booba et les autres, c’était l’occasion de parler de ces « autres ».

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Publié par : Mehdi | décembre 21, 2009

Les 100 classiques du rap français.

Tout est parti d’un message sur notre forum au début de l’été : Et si on élisait les 100 titres ultimes du rap hexagonal ? C’est vrai, après tout, rien ne vaut une bonne liste, non ?

700 votes et quatre mois de préparation plus tard, voici enfin les résultats.

Et pour fêter l’événement, nous ne sommes pas venus seuls.

Prêts ? Alors pour découvrir vos 100 classiques du rap français, cliquez-ici.

Publié par : Mehdi | décembre 21, 2009

Interview : Oxmo Puccino

Le temps passe vite, ça n’est pas à Oxmo qu’on l’apprendra. Alors, on vous laisse imaginer à quelle vitesse filent trente minutes face au Black Jacques Brel. Pour l’occasion, on a décidé de s’attarder sur « L’arme de paix », album qui se bonifie au fil des écoutes et qui, assurément, méritait d’être davantage décortiqué.

Abcdr : Lors de notre précédente interview, tu décrivais ton premier album comme un « enfant gâté », alors que le deuxième était « très difficile ». Comment compares-tu l’expérience « L’arme de paix » par rapport aux autres ?

Oxmo Puccino : Comment je positionne « L’arme de paix » ? [Il hésite longuement] Je positionne cet album comme un grand-frère qu’on attend longtemps, qui plane, de qui on s’inspire sans le savoir…Et quand finalement on grandit, on se rend compte que c’était lui le modèle, le grand-frère. Voilà comment je vois « L’arme de paix ». C’est quelque chose que je m’imaginais, que j’avais comme objectif et que j’ai atteint sans m’en rendre compte. C’est comme si j’étais dans ma montagne en train d’escalader les rochers pendant longtemps et que, tout d’un coup, je m’étais rendu compte que j’étais au sommet mais que je n’avais pas pris le chemin le plus évident.

C’est comme ça que je considère « L’arme de Paix » parce que c’est ce que j’ai toujours voulu atteindre en termes de fidélité musicale et émotionnelle. Je n’étais pas parvenu à faire ce que je voulais à l’époque du deuxième album, à l’époque du « Cactus de Sibérie ». Je n’en avais pas les moyens. Regarde un titre comme ‘Demain peut-être’. Il est très inexact, il est un peu faux, un peu crié…

A : C’était aussi le charme de tout cet album…

O : C’est vu comme du charme avec du recul mais sur le coup…Ce sont aussi des morceaux que je mettais une journée à poser en studio. Aujourd’hui, ça me prendrait deux heures. A l’époque, je n’arrivais jamais au bout de la course et c’est d’ailleurs ce qui m’avait poussé à recommencer sur l’album suivant.

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Publié par : Mehdi | novembre 29, 2009

Une semaine de concerts dans le 18ème

Enfin une semaine, il faut le dire vite. Disons que l’on va s’intéresser à trois des gros concerts parisiens qui ont rythmé le XVIIIème arrondissement cette semaine. Rappel des faits : Snoop donnait un concert (a priori) exceptionnel à l’Elysée Montmartre mercredi 25 novembre. Le lendemain, à une centaine de mètres, Booba faisait son Autopshie show à la Cigale, concert qui était retransmis en direct sur le site de Canal +. Enfin, toujours à la Cigale, Youssoupha prenait le relais vendredi dans une salle qu’il affectionne tout particulièrement (ne disait-il pas qu’il était passé de « l’illégal à la Cigale à guichets fermés »).

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Publié par : Mehdi | novembre 22, 2009

Chronique : Salif – Curriculum vital

Chronique par Mehdi | Publiée le 20/11/2009

Sortie : 28 Septembre 2009
Durée : 78’21
Label : AZ
Format : CD/Vinyle

En 1993 sortait « Carlito’s Way », deuxième collaboration entre De Palma et Pacino qui, avec le temps, s’est rapidement imposée comme une sorte de fin alternative à « Scarface », son ainé de dix ans. L’histoire de Carlito était celle d’un Tony Montana réchappé de la mort via un séjour en prison salvateur qui, une fois n’est pas coutume, avait réussi à dégouter un détenu du crime. Longue fresque brumeuse remplie de nostalgie, le dernier véritable grand film de De Palma semblait vouloir dire en filigrane que, peu importe les efforts fournis, la rue finissait toujours pas rattraper ses ressortissants. Street is watchin’. Sorte de vase clos régi par ses propres codes, elle cachait d’innombrables secrets qui n’étaient pas censés en sortir. L’un des moments les plus émouvants du film est sans aucun doute lorsque Penelope Ann-Miller, petite-amie de Carlito reconvertie en gogo danseuse après avoir longtemps rêvé de Broadway, lui demande s’il a déjà tué quelqu’un. Pris au vif, Carlito décide de bricoler une question sur le déterminisme social et l’insécurité qui règne dans les rues de New York. En 2009, il pourrait lui faire écouter « Curriculum vital ».

« On vit pour le quartier, meurt pour le quartier, tombe pour le quartier, se plombe pour le quartier, traîne pour le quartier, se perd pour le quartier…sans jamais se demander ce que le quartier fait pour nous »

Dès le morceau introductif, Salif donne les principales clefs d’un disque qui n’a que la rue comme thématique. Flow lancinant et répétitif, limite paresseux, il emboîte presque involontairement le pas à Youssoupha en disant que son disque sera lui aussi un « éternel recommencement ». Ses deux couplets disent exactement la même chose, seul le choix des mots diffère. Les « Blocks » deviennent « streets », les « strophes » des « titres » et la « drogue » du shit ». L’air de dire qu’il pourra trouver des dizaines de formulations inédites, enchaîner les assonances ou changer perpétuellement de flow, la finalité sera toujours la même. A la fois narrateur et acteur, les mots de Salif s’apparentent à une voix-off omnisciente, chef d’orchestre d’un gigantesque storytelling de dix-huit titres.

Dans « Curriculum vital », il est donc majoritairement question de la relation ambigüe entretenue par Salif avec la rue, point névralgique d’un disque aux très rares éclaircies. Entre attraction et répulsion, volonté de s’en sortir et résignation, il se demande 78 minutes durant ce qui peut expliquer la fierté incompréhensible ressentie par ces banlieusards envers un quartier qui ne leur offre que trop peu de perspectives (« le quartier m’a eu » lâche t-il sans ambages sur ‘Autodidacte’). Un quartier qui oublie ceux qui ont contribué à forger sa réputation (‘Eh l’ancien), les prive d’avenir décent (« Seul et sans diplôme je resterai dans le hall, au pire des cas j’irai en taule ») et qui ne semble laisser qu’un choix limité aux plus motivés (« Tu veux être quelqu’un dans le quartier ? Fais des études ou arme-toi »). Les rares ensoleillements musicaux (‘CV’, ‘Cursus scolaire’, ‘La routine’, ‘Elevation’) ne sont que des trompe-l’œil avec comme unique fonction d’apporter un semblant de diversité musicale à un disque qui a l’asphalte comme fil conducteur.

« Moi je n’avais rien à part une sav’ et un schlass, je ne m’imaginais pas avec une femme et un taf »

Paradoxalement beaucoup plus street que ses street-CD’s, l’ambiance de ce deuxième album peut s’avérer étouffante tant l’auditeur se sent coincé entre deux tours, confiné dans un univers brutal et sans échappatoire. Atteint de la paranoïa (‘A ma place’) de celui qui se sait capable de replonger à tout moment, Salif oscille entre une lucidité souvent bluffante et ses réflexes de « mec de tess ». Un peu comme Carlito torturé entre son besoin de se ranger et son vieil instinct qui l’avait amené à pousser Benny Blanco du haut d’escaliers et à accélérer indirectement sa triste fin, Salif se situe à la croisée de ces deux chemins, la réussite plein d’éclat ou l’échec cuisant. Focalisé sur le bitume, l’album est donc à double tranchant. Le risque d’essouffler l’auditeur semble assumé de bout en bout, parce qu’au fond « Curriculum vital » n’est pas un disque facile. Bloc homogène et diablement solide, il a pour but d’être écouté d’une traite, avec ses sommets et ses passages, a priori, plus anecdotiques.

En effet, certains titres, pris indépendamment, n’ont qu’un intérêt limité alors qu’ils s’intègrent avec succès dans le tableau d’ensemble peint par Salif. Il en va ainsi des morceaux comme ‘A ma place’ ou ‘Autodidacte’ qui servent davantage à marquer un temps d’arrêt à côté des explosifs ‘Véridik’ et ‘Cash converter’, hymne poisseux conciliant habilement storytelling et technique irréprochable. Technique encore à l’honneur sur le défouloir ‘Blow’, unique piste véritablement egotrip de l’album laissant libre cours au délire mégalomane du MC (« Je vois les MC’s comme des filles de l’est ») qui, en ne collaborant avec aucun autre rappeur, se marginalise un peu plus. Conscient de la concurrence qu’il regarde de loin, Salif a préféré délivrer un témoignage de tout un pan de sa vie plutôt que de rentrer dans le jeu du rap français. Plein de regrets et de désillusions (‘R.U.E’), inévitablement nostalgique (‘Warriors’) et porteur d’une qualité de narration rare (le tubesque ‘Monte au charbon’, l’efficace ‘La routine’ et sa prod très « Aftermath » concoctée par Said des Mureaux), « Curriculum vital » est un projet sombre à souhait, qu’on n’écoutera peut-être pas quotidiennement mais assurément essentielle dans la carrière de son auteur. Surtout si on le met en parallèle avec l’interview qu’il nous a récemment donnée et dans laquelle il rapprochait le rap d’une thérapie et espérait, après ce disque, pouvoir enfin parler d’autre chose. A écouter avec intérêt donc en attendant une suite qui s’annonce prometteuse.

Article paru sur le site Abcdrduson.com.

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