Publié par : Mehdi | décembre 1, 2008

« Two lovers » est un film d’horreur

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Puisque Woody Allen en a eu marre de poser sa caméra sur les trottoirs de New York, James Gray a décidé de prendre le relais. Puisque j’ai envie de poursuivre l’analogie avec Woody Allen (qui n’a pourtant pas vraiment lieu d’être), je dirai que « Two Lovers » est un parfait écho au « Vicky Christina Barcelona » du génial juif errant binoclard de Manhattan.
Dans les deux films, il est question de triangle amoureux, de choix déterminant entre la passion et la raison, d’une jolie brune, d’une jolie blonde et d’un grand brun taré. Dans les deux films, la blonde représente la folie, l’incertitude, le bouillonnement d’idées, le sexe sans complexes et a une sensibilité artistique. La brune, elle, c’est la stabilité, le choix de la raison, aucun risque pris, 2 enfants, 1 monospace et un beau portail blanc qu’on se plaira à repeindre le dimanche dans une jolie salopette tachetée.
La différence entre les deux films c’est que Woody Allen part du point de vue de ces femmes qui rentrent dans la vie active. L’une est une délicieuse femme-enfant éternelle insatisfaite avide de découvertes, l’autre est une gentille complexée satisfaite de son sort et bourrée de certitudes. C’est leur aventure qu’on va suivre, le bel hidalgo interprété par Javier Bardem n’étant finalement qu’un prétexte pour leur permettre de se trouver véritablement.
L’autre énorme différence concerne également le personnage masculin. Dans « VCB », Javier Bardem est un peu l’homme idéal : beau gosse, artiste, tolérant et porteur de Converse. Alors que Joaquin Phoenix, c’est à peu près tout le contraire. Suicidaire (non ça n’est pas un spoiler, on l’apprend dans la première scène du film), totalement paumé, photographe qui n’exposera jamais, coeur brisé qui vit encore chez ses parents et travaille au pressing de son père…Et c’est son parcours que James Gray nous invite à suivre.

(Si vous comptez allez voir ce film, stoppez votre lecture ici. Si vous l’avez vu et que vous voulez savoir ce que je pense de cette fabuleuse scène de fin, allez-y, je vous en prie).

James Gray est doué. Il avait déjà réussi à faire de Marky Mark un ex-taulard crédible (« The yards »). Mais alors offrir à Joaquin Phoenix un rôle de désaxé pareil, il fallait oser. Et Phoenix est épatant. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il porte le film sur ses seules épaules, que je ne comprend toujours pas pourquoi Gwyneth Paltrow est vue comme un sex symbol (range ton sein) et que Vanessa Shaw se prend décidément trop pour Wynona Rider.

« Pourquoi il n’y a pas de gens sur tes photos ?
-Les gens je m’en fous, je leur montre mes photos, c’est déjà pas mal »

Durant tout le film, Léonard, s’il n’est pas exactement le type idéal (comprendre celui que toutes les filles aimeraient épouser ou celui auquel tous les hommes rêvent de ressembler, comprendre aussi Carlito Brigante), est plutôt du côté des idéalistes, de ceux prêt à tout par passion. A deux reprises, il dit à Michelle qu’il serait prêt à tout abandonner pour elle. A chaque fois qu’il passe du temps avec Sandra, il est mal à l’aise, dérangé par son amour trop pur, ses marques d’attention répétées et sa sérénité.

Et là, on pense à un autre film récent de Woody Allen : « Match Point ». Ce sommet d’immoralité décrivait aussi un type partagé entre la raison (une épouse chiante à mourir…mais riche) et Scarlett Johansson (Scarlett c’est la passion bien sûr). Tout le monde a vu ce film, l’inverse serait grave et répréhensible. Chris Wilton est un assassin libre qui a vendu son âme pour protéger sa condition. Enculé

Et bien « Two lovers » a une fin quelque peu similaire. Léonard l’idéaliste choisit le camp des lâches. C’est pour ça que ce film est terriblement humain.
En gros, Sandra est folle de Léonard qui est fou de Michelle qui est amoureuse d’un associé du cabinet d’avocats dans lequel elle travaille. A la suite de quelques (més)aventures, Léonard et Michelle sont prêts à quitter New York ensemble pour San Francisco. Finalement, Michelle ne le suivra pas, son avocat ayant quitté femme et enfants pour elle. Là c’est le drame, l’éphémère bonheur de Léonard s’arrête net, la vie n’a plus aucun sens et la bague Cartier qu’il venait d’acheter va faire un sacré trou dans son compte en banque. Léonard n’a plus qu’à se suicider. C’est ce que tout héros romanesque et idéaliste devrait faire.

Mais Léonard n’est pas un héros. C’est un homme.

Il sèche ses larmes, reprend ses esprits, ramasse la bague et s’en va l’offrir à Sandra. Désormais c’est elle qui pleure de bonheur. Léonard est rassuré : il ne finira pas ses jours tout seul.

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Responses

  1. bon je me suis arrêtée à « Dans les deux films, la blonde représente la folie, l’incertitude, le bouillonnement d’idées, le sexe sans complexes et a une sensibilité artistique. La brune, elle, c’est la stabilité, le choix de la raison, aucun risque pris, 2 enfants, 1 monospace et un beau portail blanc qu’on se plaira à repeindre le dimanche dans une jolie salopette tachetée. »

    T’es sérieux là pour le W.Allen??? on n’a pas vu le même film là, n’importe quoi!

    C’est tout l’inverse la brune dans V.C.Barcelona, m’enfin mince quand même, c’est n’importe quoi (bis!)

    bon sinon vos blogs à tous me font perdre un temps dingue.

  2. Attends, au début du film la brune c’est exactement ça : une néo-trentenaire satisfaite de son sort qui ne remet pas grand chose en cause et croit avoir déjà trouvé le bonheur. Ce n’est qu’après la nuit avec l’hidalgo (et encore il a fallu lui forcer la main pour qu’elle les suive) qu’elle va entrevoir la possibilité de quelque chose de différent.
    Au début du film, il y a clairement la blonde d’un côté et la brune de l’autre. A la fin, c’est beaucoup plus complexe que ça, je suis d’accord.

    Mais si on prend ces deux films, ils commencent à chaque fois de la même manière : la passion c’est les blondes, la raison c’est les brunes. Désolé 🙂

  3. Attends mais la peintre tu la trouves raisonnable là?Je te parle de la peintre moi là, l’autre je l’avais zappé, aucun moyen de m’identifier à elle tu comprends, alors que la peintre, quelle psycho! yeah!
    J’ai gagné!
    Bravo pour le papier sur le lux 😉

  4. Tu es injuste avec Gwyneth.

    Je viens de regarder le film. Putain, je suis sous le choc. C’est beau. Vraiment beau.

    Je sais pas trop quoi penser de la fin par contre. Elle me laisse perplexe. Je vois surtout un mec, un peu dérangé, très fragile, qui essaie de se raccrocher à ce qu’il peut. Je ne suis pas sûr qu’il ne finisse pas seul. Seul au milieu des autres. Dans cinq ans, il sautera peut être du pont, lassé de son quotidien, enchaîné à une femme qu’il n’aime pas. Ou alors, il apprendra à l’aimer (c’est très laid comme expression mais j’ai pas mieux). Tout est possible. Terriblement humain en tout cas. Grand film.


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