Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Chronique : Ludacris – Theater of the Mind

cover-Ludacris-Theater-Of-The-Mind

Sortie : 24 Novembre 2008
Durée : 60’55
Label : Def Jam
Format : CD/Vinyle

Les disques de rap sont commercialisés sous une multitude d’appellations différentes. Il y a les albums bien sûr et puis autour fleurissent différents projets appelés mixtapes, street-albums, simples compilations ou encore « album avant l’album ». Qu’est-ce qui va les distinguer? Traditionnellement, on peut penser qu’un album se voudra davantage cohérent et représentatif des motivations de l’artiste. En revanche, un de ces projets annexes ressemblera plutôt à un enchaînement de morceaux et de featurings dans le but de présenter un nouveau venu ou d’entretenir le buzz d’un rappeur plus chevronné. Si cette tentative d’explication est évidemment mise à mal par « The Doctor’s advocate », album allant puiser aussi bien dans la soul de Just Blaze que dans les synthés de Scott Storch, ou par la série des « Hood Politics » de Termanology, mixtapes qui passeraient facilement pour des LP officiels, c’est celle qui semble malgré tout encore en vigueur.

« Theater of the mind », sixième album solo de Ludacris, se situe au croisement de ces deux définitions. A priori, le lien entre The Runners et Dj Premier est aussi infime que celui qui lie Common et les Playaz Circle. Seulement, le temps d’un album, Luda n’est plus un rappeur mais se transforme en producteur/réalisateur/acteur de cinéma et fait jouer tout ce beau monde dans une superproduction en 14 actes. Mieux, « Theater of the mind » serait la saison entière d’une série dans laquelle Christopher Bridges est le héros et où chaque titre représenterait un épisode. En effet, tout est cinématographique dans « Theater of the mind ». De la pochette qui met en scène une dizaine de Ludacris passant tous par des émotions différentes dans une salle obscure aux apparitions de Spike Lee, Ving Rhames et Chris Rock. D’ailleurs, pas de featurings dans ce disque, que des co-starring.

Si vous deviez aller chercher « Theater of the mind » dans votre vidéoclub, dirigez-vous directement vers le rayon Action/Aventure. Tous les ingrédients inhérents à un bon blockbuster sont réunis : entre deux scènes d’action (‘Wish you would’, ‘Southern Gangsta’), le héros prend le temps de s’octroyer un moment de détente (‘One more drink’), de tendresse (‘Contagious’) avant qu’un affrontement épique (‘Last of a dying breed’) et historique (‘MVP’) laisse place à un happy end (‘Do the right thang’) en bonne et due forme. Le tout accompagné par des guest-star de luxe qui rythment ces soixante minutes de grand spectacle.

Une fois le décor planté, quid du disque à proprement parler ? Force est de constater que, plus que dans le passé, Ludacris a cherché à en donner pour tout le monde. Les puristes jamais avares de reproches concernant le caractère grand-guignolesque de certains anciens morceaux du rappeur apprécieront à coup sûr ‘MVP’, collaboration alléchante avec DJ Premier sur laquelle le rappeur d’Atlanta est criant de facilité. Les amateurs de gros samples de soul iront chercher du côté de Don Cannon qui, dans la lignée du ‘Circulate’ qu’il avait pondu pour Jeezy cette année, offre avec ‘Everybode hates Chris’, référence au show de Chris Rock, et ‘Undisputed’ deux des meilleures productions de l’album. Sur ce dernier titre, Ludacris y va une nouvelle fois de son flow aérien et empile les punchlines (« They shoulda warned ya – you got defeated/by the +Heat+, but ehh, we’ll just say we Alonzo Mourn’d ya »). Le leader de Disturbing tha peace contentera également les amateurs de dirty south avec ‘Wish you would’- ou Luda et T.I remettent en place leurs détracteurs sur un beat menaçant de Toomp- et ‘Southern gangsta’, vaste table ronde autour de laquelle Luda, Rick Ross et les Playaz Circle étalent collégialement leur richesse, épaulés par Marsellus Wallace en personne.

Si l’on voulait prolonger la métaphore, on dirait que le milieu de la saison s’essouffle péniblement. A partir du moment où Luda n’est plus un player (‘One more drink’ qui prouve que les Trackmasters sont indémodables) et commence à chercher une relation plus ou moins sérieuse. En effet, l’enchaînement ‘What them girls like’, ‘Nasty girl’ et ‘Contagious’ présentent inévitablement moins d’intérêt que le reste du disque. Entre le beat de Rodney Jerkins aux relents faussement Timbalandiens et le goût d’inachevé laissé par le travail de Swizz Beatz, seul ‘Contagious’, et l’instru étonnamment minimaliste de Scott Storch, sort un tant soit peu du lot. Mais là encore l’intérêt est plutôt à chercher du côté de Ludacris et de sa conception du bonheur en couple (« I’ll play you over and over, put your head on my shoulder/Slide down and give me head in the Rover »).

Et puis, heureusement, l’album se termine en feu d’artifice. Il y a ‘MVP’ et DJ Premier bien sûr mais il y a surtout Wyldfyer…The truth, révélation qui n’en est pas vraiment une et véritable gagnant de cet album. A l’origine des deux affiches les plus alléchantes du disque, ‘Last of a dying breed’ et ‘I do it for hip-hop’, le producteur originaire d’Atlanta, qui s’était majoritairement contenté d’être le bras droit de L.E.S jusqu’ici, tutoie d’ores et déjà les étoiles. Wikipédia nous informe qu’il aurait activement participé à la conception du beat de ‘Black republican’. Et bien, ‘Last of a dying breed’ c’est un peu la même idée en beaucoup plus explosif. Une ambiance de péplum, un Lil’Wayne survitaminé, Luda en roue libre et on est projeté sur une autre planète. Wyldyer retrouve ensuite Jay-Z et Nas. Il y a encore quelques années personne n’osait imaginer un morceau commun des deux plus célèbres prétendants au trône de New-York. Alors penser que les deux compères se retrouveraient pour déclarer leur flamme au hip-hop sur un titre boom-bap au refrain ponctué de scratchs, ça relevait carrément du domaine du fantasme. Si les prestations des trois MC’s n’ont rien d’extraordinaire, entendre ces trois millionnaires rapper leurs premières amours fait forcément plaisir.

« Theater of the mind », qui débute avec The Runners et se clôture avec 9th Wonder, est sûrement le disque le plus éclectique de Ludacris. Et s’il n’est peut-être pas son meilleur opus, il demeure un divertissement rondement bien mené qui devrait satisfaire les oreilles des auditeurs de rap décidément largement abreuvées de bonne musique en cette année 2008.

Article paru sur le site Abcdrduson.com.

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