Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Du bouquin à la bobine.

La sortie de « Anges et démons » et de « Millenium », deux adaptations de romans à succès, est l’occasion de s’intéresser plus précisément à l’exercice. Gros plan sur cinq films inspirés plus ou moins librement de best-sellers.

Da Vinci code
Réalisation : Ron Howard
Distribution : Tom Hanks, Audrey Tautou, Jean Réno,
Scénario : Akiva Goldsman d’après l’œuvre de Dan Brown
Synopsis : L’histoire, le monde entier la connaît. Un spécialiste, Robert Langdon, est appelé pour enquêter sur de mystérieux symboles laissés par le conservateur du Louvre avant de mourir. Bob va mener l’enquête et découvrir peu à peu que ces signes mènent à une organisation religieuse secrète…

big-2002_2_Da-Vinci-Code

Outre les remises en cause religieuses troublantes que présentait le roman, Dan Brown avait réussi à y insuffler un rythme haletant qui m’a tout de même permis de le boucler en l’espace de deux jours. Si le livre présentait quelques inexactitudes et tombait parfois dans la facilité, il remplissait largement son contrat de divertissement.
Le film, lui, n’était pas aussi bien ficelé. Confronté à l’éternelle question que se posent les adaptations d’œuvres littéraires (comment condenser plus de 500 pages en 2H30 ?), il faisait l’impasse sur bon nombre d’éléments décisifs du roman et se traînait médiocrement en longueurs. Ajoutez à cela un casting discutable (Multi-oscarisé peut-être mais lorsque Tom Hanks conduit une voiture à grande vitesse dans Paris, on n’y croit pas du tout) et vous obtenez la photocopie parfaite de la mauvaise adaptation. Le livre était un tel phénomène planétaire que le film a fait un carton au box-office. Non sans décevoir pour autant les lecteurs de la première heure.

Le parfum : histoire d’un meurtrier
Réalisation : Tom Tykwer
Disribution : Ben Whishaw, Dustin Hoffman, Alan Rickman…
Scénario : Tom Tykwer, Andrew Birkin & Bern Eichinger d’après l’œuvre de Patrick Süskind
Synopsis : Jean-Baptiste Grenouille est à part. Tout ce qu’il fait est guidé par une seule chose : son nez. Les rares choses qu’il dit, ce qu’il voit, ce qu’il touche… Tout est dicté par les odeurs qu’il va sentir et exploiter à sa guise. Embauché chez un parfumeur, il va rapidement se mettre en tête de composer le parfum idéal. Pour cela, il lui faudra s’intéresser aux jeunes filles et s’emparer de leurs odeurs…

Ceux qui ont lu le roman de Patrick Süskind connaissent l’ampleur de la tâche qui se présentait devant Tom Tykwer qui succéda d’ailleurs à Stanley Kurbrick, Milos Forman, Martin Scorsese ou encore Ridley Scott, tous pressentis à un moment pour se charger de l’adaptation avant de laisser tomber. Et on les comprend. Très peu de dialogues composent le roman dans lequel tout est olfactif. Comment allait-il être possible d’incarner un personnage aussi complexe que Jean-Baptiste Grenouille, tueur en série guidé par son odorat ? Contre toutes attentes, le réalisateur de « Cours, Lola, cours » plonge avec réussite dans un XVIIIème siècle aux contradictions permanentes. Ben Wishaw campe un magnifique Grenouille, distant et énigmatique, froid et génial. SPOILER : En prime, la scène d’orgie finale est splendide.

Ne le dis à personne
Réalisation : Guillaume Canet
Distribution : François Cluzet, André Dussolier, Marie-Josée Croze, Kristin Scott-Thomas, Nathalie Baye, François Berléand, Jean Rochefort, Gilles Lellouche…
Scénario : Guillaume Canet & Phillipe Lefebvre d’après l’œuvre de Harlan Coben
Synopsis : Veuf depuis 8 ans, Alex, médecin, commence tout juste à faire le deuil. Mais un jour, il reçoit un e-mail qui le redirige vers une image de foule filmée en temps réel. Au milieu de celle-ci, il reconnaît le visage de sa femme. Déconcerté par ce qu’il vient de voir, Alex va devoir mener sa propre enquête pour tirer les choses au clair…

personne2

Des thrillers, il n’y en a pas beaucoup dans le cinéma français. Des adaptations de best-sellers américains non plus. Quant aux jeunes réalisateurs ambitieux, force est de constater qu’ils n’envahissent pas les salles de cinéma. Dans ce contexte, l’entreprise de Guillaume Canet était loin d’être aisée. Si son passage derrière la caméra s’était opéré avec succès pour le brillant « Mon idole », on pouvait raisonnablement douter de sa capacité à mener à bien ce projet. Je n’avais pas lu le roman d’Harlan Coben et ne suis donc pas en mesure de m’exprimer sur le respect (ou non) de l’œuvre originale. En tout cas, Canet tient merveilleusement bien le spectateur en haleine, ponctuant le film de quelques belles scènes d’action, de moments poignants et d’un brin d’humour nécessaire (Cluzet en survet’, c’est inattendu mais terriblement efficace). Qu’on se le dise, Guillaume Canet est un de ces metteurs en scène avec qui il faudra compter.

Les rivières pourpres
Réalisation : Matthieu Kassovitz
Distribution
: Jean Réno, Vincent Cassel, Nadia Farès…
Scénario : Matthieu Kassovitz & Jean-Christophe Grangé d’après l’œuvre de Jean-Christophe Grangé.
Synopsis : Pierre Niémans, flic expérimenté, et Max Kerkérian, jeune recrue à la recherche de sensations fortes, sont amenés à faire équipe sur de sombres histoires de meurtre avec mutilation…

Le dernier film intéressant de Kassovitz avant qu’il réponde aux sirènes d’Hollywood et que son cinéma se dilue tristement. Rarement un réalisateur n’avait laissé entrevoir autant de promesses pour finalement livrer des longs-métrages aussi insipides et prévisibles que « Gothika » et « Babylon A.D » (tiens, encore une adaptation). Du prometteur « Métisse » qui décelait plein de jolis moments au destructeur « Assassin(s) », en passant évidemment par l’incontournable « La haine », Kassovitz avait vraiment tout de la prochaine bombe. « Les rivières pourpres » n’a pas la puissance de ses premières œuvres, loin de là, mais s’avère être la meilleure adaptation d’un roman de Grangé à ce jour (à quand celle du « Vol des cigognes » d’ailleurs ?). Le duo Réno/Cassel, s’il est classique dans le forme, fonctionne bien et Kassovitz se permettait encore quelques effets de style qui lui font cruellement défaut aujourd’hui. Dommage, cependant, que le film se conclue aussi rapidement.

Blade runner
Réalisation : Ridley Scott
Distribution : Harrison Ford, Sean Young, Rutger Hauer, Darryl Hannah…
Scénario : David Webb Peoples, Hampton Fancher d’après l’œuvre de Phlip K.Dick
Synopsis : En 2019, les hommes ont mis au point une nouvelle forme d’esclave : les réplicants. Une poignée d’entre eux issus de la dernière génération Nexus 6 ont réussi à s’évader et à s’établir à Los Angeles. Rick Deckard est un ancien blade-runner, un de ces agents chargé de neutraliser et d’éliminer les réplicants. Pour l’occasion, il est rappelé au service.

« Blade runner », le film, est la preuve qu’on peut s’inspirer (très) librement d’un modeste roman de science-fiction et d’en faire un bijou de près de deux heures sur grand écran. En effet, le roman de Philip K.Dick n’a fourni que l’idée de base : des blade-runner chargés de traquer les réplicants. Pour le reste, David Webb Peoples et Hampton Fancher se sont fait plaisir. L’action prendra place à Los Angeles, exit les moutons (true story) que tous les humains gardent chez eux, place à un Rick Deckard solitaire et torturé, loin du mari docile du roman… Si les scénaristes ont fait le nécessaire pour rendre l’intrigue plus adaptée au grand écran, « Blade runner » est loin d’être une superproduction bourrée d’effets spéciaux à la Star Wars. La lenteur du film contraste avec l’excitation de Los Angeles, ville surpeuplée et anarchique, et Ridley Scott introduit un élément totalement absent du roman : la possibilité que Deckard soit lui-même un réplicant. J’avais dit ici pourquoi j’aimais tant ce film.

Et aujourd’hui ?

Millenium
Réalisation : Niels Arden Oplev
Distribution : Michael Nyqvist, Noomi Rapace, Lena Endre
Scénario : Nikolaj Arcel, Rasmus Heisterberg d’après l’œuvre de Stieg Larsson
Synopsis : Mikael Blomqvist, journaliste économique chez Millenium, est contacté par un riche industriel, Henrik Vanger. Celui-ci a perdu sa nièce il y a près de quarante ans et est persuadé que c’est un membre de sa famille qui serait l’assassin. Mikael est en charge de mener l’enquête, bientôt aidée par une hackeuse aussi intrigante que peu loquace…

millenium_duo

La saga Millenium repose essentiellement sur deux choses : l’éclairage que proposent les romans sur les différentes violences faîtes aux femmes en Suède et le personnage étonnant de Lisbeth Salander. Pour l’adaptation du premier tome de la fameuse trilogie, le réalisateur a parfaitement retranscrit l’ambiance du roman. En prenant quelques libertés avec l’histoire certes (le passage de Mikael en prison qui est décalé dans le film) mais en s’attachant à délivrer la même sensation d’éloignement qui transparaissait de ce volume. Adapter les deux autres tomes s’avèrera sûrement plus compliqué mais c’est une autre histoire.
« Les hommes qui n’aimaient pas les femmes » était le roman le plus lent de la saga, celui qui devait mettre en place l’intrigue et les présenter les différents personnages. Le film s’inscrit dans cette lignée, pose les bases de l’intrigue générale et donne même des pistes précieuses sur la suite des aventures.
Le souci, finalement, c’est Mikael. Beaucoup plus faible que dans les romans de Stieg Larsson, sa vie de jouisseur impénitent est totalement passée sous silence. Pire, à la fin du film, –Attention SPOILER– c’est lui qui semble avoir le cœur brisé. Alors que, dans le roman, c’est Lisbeth qui le surprend avec Erika et prend donc la décision de quitter la Suède. A la fin du film, on voit bien Lisbeth s’envoler vers d’autres cieux sans comprendre pour autant que cette décision fut motivée par un chagrin d’amour.
Outre ce bémol et une réalisation parfois un tantinet trop classique, ce premier volume de « Millenium » est un très bon policier et offre à Noomi Rapace le rôle d’une vie, elle qui interprète avec une justesse qu’on n’osait à peine espérer le rôle de Lisbeth Salander. Très bonne mise en bouche donc avant les deux autres volumes, autrement plus rythmés.

Billet paru sur le blog Theater of the Mind.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :