Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

France et Grande-Bretagne : une vieille histoire.

Haine, incompréhension, admiration et fascination réciproque, les relations entre les Britanniques et les Français sont pour le moins complexes. Deux cultures radicalement différentes, deux modèles économiques presque antinomiques, une monarchie contre un idéal républicain, Adam Smith et Colbert, les Beatles et Johnny Halliday, Manchester et le PSG, « Trainspotting » et « La haine », Beckham et Zidane… Bref, nos deux contrées sont proches mais semblent tellement loin l’une de l’autre.

L’actualité cinématographique nous donne, une nouvelle fois, l’occasion de le remarquer. Deux comédies sont actuellement en salles : « Good morning England » pour représenter l’autre côté de la Manche et « Incognito » pour porter les couleurs bleu-blanc-rouge. Deux comédies réussies et porteuses toutes les deux d’un véritable folklore. Petit comparatif.


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La musique
Les deux films ont la musique en commun. « Good morning England » raconte l’histoire d’une de ces radios pirates en vogue en Grande Bretagne dans les années soixante qui défiaient l’autorité gouvernementale en diffusant du rock ‘n’ roll subversif et dérangeant à souhait. De l’autre côté, « Incognito » narre les péripéties d’un contrôleur SNCF qui, après avoir mis ses rêves de gloire de côté, retombe sur un cahier de composition qui appartenait à un des membres de son ancien groupe. Il va l’exploiter, rencontrer les bonnes personnes et devenir, un an plus tard, une véritable star nationale.

Avantage incontestable à « Good morning england » qui, au delà des rouflaquettes qu’arborent majestueusement les acteurs (Nick Frost est un génie), nous transporte littéralement 50 ans en arrière par le biais d’une B.O parfaite. Voir cette équipe de DJ’s vivre, dormir, respirer et même coucher pour la musique a quelque chose de diablement attirant. Quant à « Incognito », si le sujet et la présence au casting de Benabar s’y prêtaient, la musique n’est pas franchement envahissante. On serait tenté de dire tant mieux tant les rares chansons fredonnées par Luka, le personnage qu’interprète Benabar, font davantage penser aux sonorités qui firent il y a déjà une éternité le succès de Kyo qu’aux envolées déjantées de Jimi Hendrix.

Ah et puis, lors de la dernière scène, « Good morning england » a le bon goût, pour prouver que le rock n’est pas mort, de présenter une compilation d’albums présentant un lien plus ou moins développé avec le genre musical concerné. Parmi eux, « The eminem show », « The blueprint » et « Fear of a black planet ». Forcément, ils m’ont eu.

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L’humour

« Good morning england » a l’avantage d’avoir un réalisateur/scénariste diablement talentueux en la personne de Richard Curtis (« Love actually », « Quatre mariages et un enterrement », « Le journal de Bridget Jones ») capable de rendre une scène anodine terriblement drôle. Une phrase, un bon mot, une référence placée au bon moment et le tour est joué. Entre déclarations d’amour au rock, tentative de dépucelage et déclarations de guerre lancées aux animateurs radio rebelles (savoureux Kenneth Branagh), les dialogues font presque tout le temps mouche.

De l’autre côté, l’humour est différent. Point de raffinement british. Les personnages ne s’appellent pas le Comte et ne postulent pas au titre de mec le plus cool de la planète. Dans « Incognito », le principal ressort comique s’appelle Francis (Franck Dubosc). On le voit jouer à la Wii cul nul, soupçonné d’adultère, manger aux toilettes et enchaîner gaffe sur gaffe… Du Dubosc lourdingue en somme ? Etonnamment… Non. En utilisant Dubosc et son image de séducteur dans un véritable contre-emploi d’artiste loser tapeur d’incruste depuis dix ans, le réalisateur a trouvé l’équilibre parfait. Dubosc surjoue à peine et quand il le fait, ça ne paraît jamais inapproprié. Parallèlement à ça, les scènes que partagent Benabar avec Jocelyn Quivrin ou Isabelle Nanty fonctionnent également à merveille.

Avantage « Incognito ». « Good morning england » fait souvent sourire, parfois rire. « Incognito », c’est l’inverse.

Les acteurs

On l’a dit Dubosc est parfait. Benabar surprend agréablement dans ce rôle de star dépassée par les événements. Jocelyn Quivrin, comme d’habitude, fait très bien le boulot. Les seconds rôles, avec Isabelle Nanty en tête, sont excellents. Soit.

Mais rien de comparable avec la prestation des acteurs de « Good Morning england ». Parmi eux, impossible de ne pas citer Bill Nighy qui, pour le coup, devrait sérieusement penser à clasher T.I. Déjà imposant de nonchalance (si si c’est possible) dans « Love actually », il remet magistralement les couverts ici dans le rôle du boss de la radio. S’il fallait représenter l’idée que l’on se fait du flegme britannique, il suffirait simplement de montrer sa photo. A côté de lui, on retrouve une pléiade d’acteurs plus (Kenneth Branagh, Philip Seymour Hoffman, Emma Thompson le temps d’une apparition) ou moins connus (Nick Frost, le binôme de Simon Pegg ou Rhys Ifans, le fou furieux de « Human nature ») qui campent tous avec un naturel épatant leurs rôles.

Avantage « Good morning england » donc.

Les personnages

Sur ce point, la comparaison est presque déloyale. « Incognito » est tenu par trois personnages alors que c’est toute une équipe de football qui s’exprime dans « Good morning england » avec chacun leurs propres personnalités. Il n’empêche que « Good morning england » mérite son point car Richard Curtis réussit à faire coexister ces différentes identités et à les rendre toutes attachantes.

Avantage « Good morning England ».

Le truc qui fait la différence

Critère éminemment subjectif mais il en faut bien un.

« Incognito » est seulement une très bonne comédie qui remplit sa mission de divertissement. « Good morning england », malgré quelques grosses ficelles, développe des thèmes universels : le passage à l’âge adulte à travers l’histoire de Carl, cette musique dont on a tous plus ou moins besoin, cette vie de bohème et de passionné dont tout le monde rêve à un moment… Et surtout, surtout, cette phrase terrible prononcée par Philip Seymour Hoffman :
« On vit nos meilleures heures. C’est triste mais je le sais. » Boum, punchline.

Avantage « Good morning england ».

Tout ça pour dire que : Même si le comparatif donne une nette victoire à « Good Morning England », il n’en demeure pas moins qu’« Incognito » est une excellente comédie et constitue une des vraies bonnes surprises de ce premier semestre 2009.

Billet paru sur le blog Theater of the Mind.

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