Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Orelsan/Sexion d’Assaut : Leaders of the new school?

OrelSan au BataclanFinalement, la polémique n’aura pas eu raison d’Orelsan. Toujours en liberté, toujours dans les bacs, toujours dans les Ipod… Bref, toujours en vie. Pourtant, les tractations engendrées par la résurrection, trois ans après, de ‘Sale pute’ aura mobilisé pas mal d’énergie : de Marie-Georges Buffet à Christine Albanel, les différentes sensibilités politiques étaient au mois d’accord sur le caractère odieux et inacceptable des propos d’Orelsan. Cela ne devait pas se produire dans un état de droit. Forcément.

Alors quand on arrive au Bataclan sur les coups de 19H30 ce mercredi 13 mai, l’entrée est occupée par un groupe de 70 manifestants bien décidés à raisonner un public inconscient venu voir un artiste désormais estampillé infréquentable. « Orelsan = criminel », « Un artistes a les mêmes droits et devoirs que n’importe quel citoyen », « Non à la violence contre les femmes »… Le plus épatant étant sûrement la moue suffisante affichée par une manifestante lorsque je me permets de refuser son tract : « Si si, prenez le, je vous assure, vous ne savez pas ce que vous faîtes » l’air de dire qu’elle peut encore me tirer d’affaire. Partagé entre l’agacement de voir ces militants en bois gâcher un peu la fête et l’amusement ressenti à l’idée de les contrarier un tant soit peu en franchissant l’entrée du Bataclan, j’espère que la salle sera remplie histoire d’enterrer définitivement un scandale qui n’aura servi qu’à souligner une nouvelle fois la crispation des consciences hexagonales.

On peut souffler, la salle se remplit progressivement. Près du stand de vente des t-shirts, on croise Driver, apparemment seul. Une petite poignée de main et l’auteur du « Grand chelem » nous annonce que son prochain disque, sur lequel nous reviendrons prochainement, sera clairement son « meilleur album ». Le temps de prendre une bière, de se trouver une bonne place et on attend le lancement des hostilités.

2294783261_11 La première partie est assurée par une des plus belles choses arrivées au rap français ces dernières années : la Sexion d’Assaut. Sexion d’assaut dont les disques semblent condamnés à éternellement décevoir. En effet, l’écoute de leurs projets a beau être plus qu’agréable, les voir freestyler en chair et en os dans une rue parisienne donne systématiquement l’impression de vivre un moment historique. Sur scène, le crew est comme à la télé sur Dailymotion. Maître Gims a toujours dix mètres d’avance sans forcer, le sourire de la Joconde ne quitte pas le visage de Black M, le flow chaloupé ne Lefa ne faiblit pas d’un iota, Jr O chrome déboule toujours avec le même air débonnaire, Doumam’s lâche ses couplets avec une facilité déconcertante avant de s’éclipser et Maska fait son truc, tranquillement. On regrettera juste l’air hagard qu’affichait Adams comme s’il n’avait pas vraiment envie d’être là, lui qui d’habitude est tellement incisif.

Dans la Sexion d’Assaut, tout le monde est le rappeur principal, tout le monde est le backeur. Ils s’interpellent sans cesse, simulent une embrouille, réparent Maître Gims quand il bugue volontairement, corps figé à la C-3PO, haranguent la foule, lui demandent de faire un tonnerre d’applaudissements pour Dry venu épauler l’équipe sur ‘Wati bon son’ avant de faire ‘Tremblement de terre’ et laissent la place à Lefa qui break seul sur scène pour conclure leur apparition. 35 minutes de grand spectacle avec rien du tout, sans même assez de microphones pour tous les membres. Rien à dire, il y a quelque chose d’extraordinaire autour de ce groupe.

Mine de rien, le groupe commence à avoir son paquet d’hymnes : ‘Ah ouais paraît que je suis doué’, ‘Où sont les kickeurs’, ‘Wati bon son’, ‘T’es bête ou quoi ?’, ‘A la mode de chez nous’… Ces quelques morceaux suffisent à faire monter la température dans une salle qui connaît vraisemblablement très bien le groupe et ses différents membres. Excellente première partie donc qui confirme que la Sexion d’Assaut a tout de la Jonelière du rap : une pépinière de talents. Reste plus qu’à leur trouver un Suaudeau et leur prochain disque sera la consécration tant attendue.

Si le crew parisien a reçu un bel accueil, il n’empêche qu’au moment où il quitte la scène, le public se met immédiatement à scander le nom d’Orelsan. « Ah, maintenant, ça commence » me dit un camarade d’un soir qui semble tout excité à l’idée de voir, en vrai, l’auteur de « Perdu d’avance ». Quelques minutes plus tard, un mec du staff traverse la scène et vient déposer des t-shirts. Immédiatement, mon entourage bouillonne: « Oh il m’en faut un !! »… Quelques minutes seulement et j’ai déjà le sentiment de faire partie d’un public non seulement acquis à la cause d’Orelsan (enfin façon de parler car le rappeur de Caen aurait très bien pu appeler son disque « Rebelle sans cause ») mais qui adopte presque une attitude de protecteur vis-à-vis de son rappeur préféré, tellement malmené ces derniers temps par l’opinion publique.

orelsan1 Super Nintendo, Batman, Mario, whisky coca sans bulles, vestes à capuches accrochées à un porte-manteau… La scène du Bataclan s’est transformée exceptionnellement en chambre d’adolescent. Ou en salon d’adulte, au choix. Les repères culturels d’Orelsan célébrés dans « Perdu d’avance » sont mis en évidence, histoire de rappeler qu’Orelsan est bien un 80’s baby. Sûrement conscient de l’engouement qu’il suscite, Orelsan ne joue pas sa star et fait son entrée assez rapidement. Habillé comme sur la pochette de son album (il changera de vestes 2 ou 3 fois durant la soirée), il vient s’asseoir sur son canapé en compagnie de Gringe pendant que Skread va se placer derrière les platines. Tête baissée, il s’avance sur la scène, rapproche le micro de sa bouche. Skread lance l’instru de ‘No life’ et le public rappe les couplets comme un seul homme.

Public qui, s’il connaît parfaitement Orelsan a l’air d’avoir un peu plus de difficultés avec son entourage. En effet, quelques secondes après le début de ‘No life’, un grand lapin blanc aux mains noires fait son entrée. Et un fan s’empêche de s’écrier : « C’est Nessbeal, c’est Nessbeal, on m’avait dit qu’il serait là ! ». Nessbeal sera là, en effet, mais beaucoup plus tard pour interpréter le remix de ‘No life’ et une partie de ’On aime ça’. Dans le costume du lapin blanc, c’est évidemment Ablaye qui se cache, associé de Skread depuis un moment et trublion à temps plein. Tour à tour en lapin blanc, en « Cupidon du ghetto » pour ‘Saint-Valentin’ qu’Orelsan jouera finalement ou en « Grobin » lors d’un clash entre Superman (Gringe) et Batman (Orelsan), il ne se contente pas de faire les backs et poussera même son plaisir personnel jusqu’à se jeter dans le public.

Avant même qu’Orelsan sorte son album, on parlait déjà de lui comme d’un rappeur emblématique d’une génération, capable de cristalliser les angoisses et les rêves de toute une frange de la population. Certains médias n’hésitant pas en rajouter une couche en faisant de lui le futur porte-parole des jeunes de campagne, réduisant ainsi considérablement la portée de son message. J’avoue que je n’ai jamais cru à cela, aussi bien avant qu’après la sortie de l’album. L’idée qu’une jeunesse puisse se reconnaître en Orelsan –un peu à la manière de ce qui s’est passé avec Eminem outre-Atlantique- ne me paraissait pas vraiment crédible. Force est de reconnaître que je suis un bien piètre sociologue. Mercredi, le public ne se contentait pas de réciter les couplets d’Orelsan comme on chante une chanson qu’on aime. La plupart d’entre eux vivaient ces paroles là au plus profond d’eux-mêmes. Il fallait voir les sourcils froncés d’un membre du public au moment où il s’écriait « la même histoire depuis trois ans avec la même meuf que tu kiffes sans plus ». Si effet générationnel il y a, il est en tout cas loin de concerner uniquement les blancs de campagne. La foule était hétérogène et comportait aussi bien un sosie de Vikash Dhorasoo qu’une imitation de Cuizinier, Driver que ce que Grems aurait appelé des « putes à frange »… Et, bizarrement, au concert de ce violent misogyne, la gente féminine était bien plus nombreuse que dans les concerts de rap habituels. Et croyez-moi, elles n’étaient pas en reste au moment de ‘Saint-Valentin’.

Orelsan, quant à lui, mène son show de main de maître. Là encore, je dois avouer que j’émettais quelques réserves concernant sa capacité à animer, tout seul, comme un grand, 90 minutes de concert. Déjà, je n’imaginais pas son disque spécialement pour la scène. Ensuite, Orelsan n’étant pas un monstre de charisme, comment allait-il parvenir à rendre le moment un tant soit peu électrique ? C’était sans compter sur deux des qualités principales du rappeur :

1) Il rappe bien. Vraiment. La facilité avec laquelle il kicke ‘Courez, Courez’ ou ‘Jimmy Punchline’ devrait suffire à mettre les plus réticents d’accord. ‘Jimmy Punchline’ qu’il interprète après que Skread balance une session d’anciens morceaux. Orelsan en profite pour jouer les nostalgiques à sa façon : « Ah ça fait plaisir ces petits sons à l’ancienne, ça me rappelle l’époque où je me faisais racketter ». Autre détail qui a son importance : à la fin du titre lorsqu’il demande à la foule de crier « Punchline » après qu’il ait dit « Jimmy », Orelsan joue la carte solidarité en imitant Black M : « Quand je dis Sexion, vous dîtes d’Assaut ! ». Joli moment qui donne des idées de connexion intéressante.

2) Il déborde d’idées, pour la plupart excellentes. En bref : organisation d’une partie de Street Fighter sur Super Nintendo entre deux membres du public diffusée sur un écran géant ramené pour l’occasion, lumière tamisée et passage derrière le piano à la manière d’un crooner avec Gringe et Ablaye aux chœurs au moment de ‘Pour le pire’, déguisements de Batman, Robin et Superman pour une embrouille entre super-héros, Powerpoint proclamé « dégueulasse » pour illustrer le propos de ‘Gros poissons dans une petite mare’… Powerpoint qui mettra d’ailleurs du temps à se lancer, permettant ainsi à Orelsan de prouver une nouvelle fois son sens de l’autodérision : « Je vous avait dit qu’avec moi c’ était perdu d’avance ».

Orelsan copiera Ablaye plus tard en s’octroyant également un bain de foule. Allure de rocker qu’il conservera au moment du final et de l’interprétation de ‘Peur de l’échec’. Alors que Yann, son guitariste, partira dans un solo de guitare, Orelsan, complètement habité, surprendra toute la salle en retirant son t-shirt avant de le jeter dans la foule. Voir la version humaine de Caliméro torse nu face à un public déchaîné peut avoir quelque chose de déroutant. Finalement, ça ne fait que confirmer les impressions ressenties après l’écoute de son disque : Orelsan n’hésite pas à se livrer complètement, utilisant l’autodérision pour éviter le ridicule, vivant son rêve de gosse à fond.

Profitons en pour partager ici un excellent billet paru sur causeur.fr au sujet de la polémique.

Son(s) du jour :

Concluons ce billet avec quelque chose qui n’a rien à voir ou si peu. Le dernier album de Chrisette Michelle, « Epiphany », est disponible, au moins sur Internet et, comme « I am », c’est excellent.

Chrisette Michelle : ‘Blame it on me’ (Ecoutez, elle pleure)

[audio:http://www.abcdrduson.com/blog/wp-content/uploads/2009/05/04-chrisette-michele-blame-it-on-me-rgf.mp3%5D

Chrisette Michelle : Playin our song (Ecoutez, elle rit)

[audio:http://www.abcdrduson.com/blog/wp-content/uploads/2009/05/06-chrisette-michele-playin-our-song-rgf.mp3%5D

Billet paru sur le blog de l’Abcdrduson.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :