Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

« Pourvu qu’elles l’aiment »

Je crois vraiment que Booba est passé à autre chose, un niveau au-dessus. Je ne parle pas ici de ses qualités microphoniques. On peut penser que le Booba de « Mauvais œil » avait l’air de s’en foutre un peu moins quand il prenait le micro, que celui de « Panthéon » savait tirer le meilleur des producteurs dont il s’entourait ou que celui de « Ouest side » avait décidément beaucoup trop de « ze-pha ». On peut.
Mais je ne crois pas que ce Booba là avait les faveurs du public féminin. Et il se pourrait que ce soit en passe de changer.

J’étais sur Paris ce week-end et ma compagnie comportait quelques représentantes de la gente féminine. Aucune grognasse, aucune décidée à m’obéir non plus. A chaque fois que je viens sur Paris, c’est la même chose : au bout de 10 minutes, je suis déjà stressé, prêt à pester contre toute personne qui me bouscule un peu trop et rapidement enclin à m’isoler. Pour ça, heureusement, il y a Steve Jobs. Ecouteurs dans les oreilles, sourire au coin des lèvres, on peut reprendre tranquillement une énième écoute de « 0.9 ».

L’isolement quand on est accompagné, ça ne peut malheureusement pas durer bien longtemps. Forcément, au bout d’un moment, on est obligé de répondre à la question « Tu me passes un écouteur ? ». De toute urgence, il va falloir investir dans un casque.
J’ai beau la prévenir qu’elle n’aimera pas, que c’est à des années lumières de ce qu’elle a l’habitude d’entendre (elle écoute Tryo) ou de son morceau de rap favori (‘Les temps changent’), elle insiste. Je finis par accepter.

Et là, elle me met face à un autre problème. A chaque fois que quelqu’un qui dit ne pas aimer le rap ou simplement ne rien y connaître me demande de lui faire découvrir quelques morceaux, je me sens piégé. Déjà parce que j’ai toujours eu un mal fou à choisir. « C’est pas grave, mets n’importe quoi, un truc que t’aimes ». Oui mais j’aime Escobar Macson et Hocus Pocus moi. Et j’avoue, à chaque fois, je penche vers la solution Hocus Pocus. Tout simplement pour ne pas avoir à m’expliquer ensuite lorsqu’on me dira qu’on ne comprend pas ce qu’Escobar dit, que c’est quand même très violent et pas très musical.

Alors, quel titre de « 0.9 » est susceptible de plaire à une jeune femme qui suit « Plus belle la vie » et qui traduit des textes grecs à ses heures perdues ? Je tente ‘Illégal’. « Je crois que j’aime pas trop ». ‘Garcimore’ ? Même résultat. Faut se rendre à l’évidence, cette fille n’aime pas le rap. Et encore moins Booba. Matérialiste est le discours, répétitives sont les instrus. Perdu pour perdu, je décide de me faire plaisir et de me réécouter cet hymne à l’amour qu’est ‘Pourvu qu’elles m’aiment’. Et là, surprise.

Comme Chris Rock, je me suis souvent demandé dans quel état d’esprit étaient les filles qui dansaient sans trop de scrupules au rythme de paroles susceptibles de défriser notre secrétaire d’Etat à la politique de la ville. Et puis j’ai participé à des open bars et vu des post-ado se déchaîner sur ‘Girlfriend’ de TTC. D’état d’esprit il n’était pas vraiment question. Elles avaient simplement bu. Beaucoup trop.

« 0.9 » est peut-être le premier véritable album de rap français construit carrément à l’américaine. Je me trompe peut-être mais j’ai le sentiment que c’est la première fois qu’un disque contient autant de tubes en puissance. Y a des titres pour la caisse, pour les clubs et donc pour les meufs. Gérard Baste disait à votre webzine préféré de Booba qu’il était passé du poète des grands ensembles au majeur en l’air sur la piste de danse. Là où, avec un peu de recul, « Ouest Side » ressemble peut-être plus que jamais à un après-Panthéon, « 0.9 » est sûrement le disque qui marque vraiment un changement.

Mais concrètement, un morceau comme ‘Pourvu qu’elles m’aiment’ peut-il être adopté par le grand public en France ? Là où un ersatz de ‘Big Pimpin’ surgit chaque semaine sur les télés américaines, ce type de tentatives est beaucoup moins fréquent en France.

Mon interlocutrice m’a donné une partie de la réponse. Oui, définitivement. Passé l’euphorie qui s’est emparée d’elle après les deux premières écoutes, voilà les quelques mots qu’elle a prononcé : « impossible d’enlever la mélodie de sa tête », « j’ai trop envie de danser », « pas top le jeu de mot sur Paris Hilton au refrain même si, lui aussi, ne nous quitte plus après quelques écoutes » ou encore « qui a composé ce truc ? ». Attends, normalement, t’es censée le trouver mysogine ce titre. Ca contribue pas à entériner le culte de la femme object ? « Pas du tout. Ecoute bien, j’ai pas l’impression qu’il dévalorise la femme. Il est surtout dans le roulement des mécaniques, dans la surestime de lui-même mais il ne manque pas vraiment de respect aux femmes. Et le côte bling-bling, ça te dérange plus ? « J’aime bien quand il dit qu’il part en week-end là où on va en lune de miel, c’est marrant ».

Après l’avoir eu au téléphone hier, elle m’a dit qu’elle avait écouté le titre une bonne dizaine de fois tous les soirs depuis dimanche. Et que ses colocatrices semblaient, elle aussi, s’imprégner doucement du refrain. Elle pensait même à revoir son jugement sur les autres pistes de l’album.
Booba a quand même joliment réussi son coup. A chaque fois qu’un journaliste tente de décrypter ses textes et de lui faire comprendre à quel point son écriture l’a bouleversé, Kopp balaye la question l’air de dire que ça n’était absolument pas le but recherché et que son interlocuteur ferait mieux d’écouter ses morceaux sans se poser de questions. Voilà qu’il a trouvé une nouvelle auditrice qui, justement, ne se pose aucune question en écoutant Booba. Elle aime ses phases, danse sur ses titres et ne se sent pas plus bouleversée que ça par ses écrits.

Je ne vais pas m’improviser consultant en marketing pour Booba. Déjà parce que ça n’est pas mon métier et ensuite parce qu’il n’a sûrement pas besoin d’aide sur ce sujet là. Mais, tout de même, faire de ‘Pourvu qu’elles m’aiment’ son prochain single pourrait se révéler terriblement judicieux. Imaginez un peu qu’il arrive à séduire à la fois les traducteurs de grec, les fans de Tryo et ceux de « Plus belle la vie »

Billet paru sur le blog de l’Abcdrduson.

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