Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Sur la route de la Révolution…

Revolutionary Road

Les noces rebelles (Revolutionary Road).
Réalisation : Sam Mendes
Distribution : Leonardo Dicaprio, Kate Winslet, Khaty Bates.
Scénario : Justin Hayte d’après l’oeuvre de Richard Yates.
Synopsis : Une femme mariée veut redonner un sens à son couple, à sa vie, au monde qui l’entoure. Ne plus se sentir doucement mourir mais « ressentir vraiment les choses ». Fuir le conformisme ambiant dans lequel tout le monde semble se complaire. Même son mari, celui qu’elle trouvait si exceptionnel.

Pensée personnelle en guise de préambule : Ce que nous avons tous en commun c’est que nous nous pensons tous uniques.

La vie n’est pas loin de se résumer à deux possibilités. Pas plus, pas moins.

Possibilité 1
Accepter, se résigner. Tout le monde a eu, à un moment ou à un autre et pendant des périodes plus ou moins longues, l’envie de changer le monde. Ou, plus modestement, l’envie de changer de vie. De donner un grand coup de pied dans ses habitudes, de prendre le large, d’oublier un peu d’être raisonnable, de faire ce dont on a toujours rêvé. De ne pas subir l’existence en somme. Sauf qu’il faut bien manger. Un coup de folie ne dure jamais bien longtemps. Ils sont drôles les artistes qui nous baratinent à longueur d’interviews, arguant qu’ils se sont pris en main pour arriver là où ils sont, que si on veut on peut… Ce qu’ils oublient de préciser c’est que tout le monde n’est pas doté d’un talent spécifique à la naissance. Si tu avais la plume de Camus, les mimiques de De Niro, la virtuosité de Spike Lee et le flow d’Andre 3000, évidemment que tu te serais pris en main. Ce ne sont pas les rêves qui t’ont manqué, encore moins les opportunités. Parce qu’une opportunité ça se provoque, c’est à nous d’aller la chercher…Mais pour ça, il faut au moins savoir ce qu’on veut faire de son existence. Quand on ne sait pas, on se contente de subir. Brevet des collèges, Bac Pro, Bac + 2, Bac + 5… Le diplôme change mais la finalité est la même : un boulot que tu comprends à peine, une carte fidélité Conforama, un joli portail blanc et un Monospace pour les plus chanceux fortunés. Une fois ceci accepté, on essaye d’embellir un peu les choses. « Finalement, on n’est pas si malheureux que ça », « C’est bien beau de tout envoyer des balader mais un moment faut être mature« , « On n’a pas le droit de se plaindre quand on voit tous ces miséreux dans le monde »…On finit par s’accommoder d’une situation que l’on aurait vomi une poignée d’années plus tôt. On devient des mercenaires : on empoche le salaire chaque fin de mois, sans sourire mais avec la conviction que ça nous permettra de vivre convenablement pendant encore 30 jours au moins. Au maximum, plutôt. Aucun catastrophisme dans ces lignes, c’est juste le quotidien des gens les plus « heureux » de cette planète : ceux qui ont un toit, des amis et du pain dans la bouche.

Possibilité 2 :
La deuxième possibilité c’est la fin alternative de « 99 francs », l’insouciance de Sal Paradise et Dean Moriarty dans « Sur la route » ou ton ancien camarade de collège que tu retrouves sur Facebook résident à Tahiti le jour et barman la nuit pour faire rentrer un peu de ronds. Etre raisonnable…Pourquoi faire ? Si ce n’est pour finir comme Yann Guillois, l’un des deux personnages principaux du « Supplément au roman national » de Jean-Eric Boulin : une boule de frustration. Guillois était le symbole du destin brisé comme l’Occident en fabrique à la pelle : pas bête sans être un intellectuel pour autant, il avait des rêves plein la tête. Sans savoir comment les concrétiser. La trentaine passée, il n’avait pas abandonné l’idée de changer le monde mais son seul militantisme au Parti Socialiste ne pesait pas grand chose dans la balance diplomatique internationale. Au lieu de devenir quelqu’un, il était resté quelconque. Ses regrets se sont transformés en haine qu’il ruminait volontiers les samedis soirs devant Ardisson et ses invités satisfaits d’eux-mêmes. Au point de prendre la décision de leur enlever la vie.
Eviter de tout rater n’est finalement pas si dur que ça, il suffirai juste de refuser de faire quelque chose que l’on n’aime pas. Après tout, on a toujours le choix. Le choix entre le confort d’un quotidien dicté par la raison et une liberté obtenue parfois au prix de sacrifices colossaux.

« À chacun de nous, Dieu offre le choix entre la vérité et la tranquillité. Ce choix, faites-le ; jamais vous n’obtiendrez à la fois l’une et l’autre. »
Ralph Waldo Emerson.

Voilà pour l’essentiel de ces « Noces rebelles ». On aurait pu s’étaler sur la tension savamment installée par Sam Mendes à l’aide d’une B.O qui a le bon goût d’être mise en avant avec parcimonie, des larmes bouleversantes de Dicaprio quand il découvre que sa petite famille lui a fait une surprise inattendue pour son anniversaire, du regard désœuvré affiché par Kate Winslet durant la majeure partie du film, de John le trouble-fête ou de cette scène de fin glaciale. « Les noces rebelles » est un film monstrueux.

Verdict : On se prosterne. Désolé mais, si vous restez indifférents devant ce film, il y a des chances pour que vous soyez un gros con bourré de certitudes.

Billet paru sur le blog Theater of the Mind.

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