Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

This is it

Michael Jackson est mort le 25 juin dernier, ça vous le saviez déjà. Déclenchant un branle-bas de combat médiatique jamais vu qui a duré près d’un mois, le décès du King of Pop a suscité une rare émotion. Emotion qui n’a épargné personne, la quasi-totalité des individus vivant sur cette planète connaissant Michael Jackson, ayant parfois grandi avec sa musique, esquissé ses premiers pas de danse sur ‘Smooth criminal’, donné son premier baiser sur ‘I’ll be there’ et versé ses premières larmes sur ‘Heal the world’. Un ami en séjour en Syrie à ce moment me racontait de quelle manière cet événement fut, là-bas aussi, pris comme une tragique nouvelle. Mieux, on se souvient de cette vidéo massivement relayée dans laquelle le royaume de Sanwi, situé au sud-est de la Côte d’Ivoire, réclamait que la dépouille de MJ soit transférée à Krindjabo.

D’un point de vue plus personnel, je dois bien avouer que la mort de celui qui fut pourtant l’un de mes héros d’enfance ne m’a franchement pas bouleversé plus que cela. Pas jusqu’à être aussi radical que notre Hervé Morin national mais en me sentant finalement assez indifférent. Sûrement parce que, comme tout le monde, j’avais moi aussi mes soucis et que je n’avais pas réellement le temps ni l’envie à ce moment là de me pencher sur la tragique fin de Michael. Indifférence qui devait également s’expliquer par sa dernière décennie où les successifs coups durs ont eu tendance à éclipser quelques rares coups d’éclat. Pire : je me suis rendu compte que d’ancien fan du King qui considérait le double album « History » comme son obligatoire disque de chevet, j’en étais arrivé par complètement me déconnecter du bonhomme et, chose plus grave, de sa musique. A 11 ans, j’avais eu la chance d’aller le voir en concert au Parc des Princes. Pendant près d’une année (avant que Zizou décide de donner deux ingénieux coups de tête en finale de la Coupe du Monde), j’aimais dire que ce vendredi 27 juin 1997 était le plus beau jour de ma jeune existence. Comment expliquer qu’un de mes rares contacts avec Michael Jackson ces dernières années ait été cette parodie réalisée par mozinor que je me suis amusé à relayer sur Internet ?

Peut-être parce que les créations artistiques de Michael furent plutôt rares ces dernières années. Depuis le sous-estimé « Invincible », ce sont majoritairement des compilations en forme de best-of ou des remix réalisés par la nouvelle génération de producteurs qui ont fait son actualité. Plus intriguant, la plus grande star en activité (de tous les temps ?) s’est retrouvée en 2007 à faire les chœurs sur l’album d’un rappeur totalement inconnu en la personne de Tempamental. On avait pourtant connu MJ plus exigeant concernant ses collaborations, lui qui se payait le luxe d’apprendre le moonwalk à Michael Jordan dans le clip de « Jam » ou de croiser le micro avec James Brown et Prince pour une réunion exceptionnelle. Mais passé la raréfaction médiatique de celui qui avait pourtant tenu le haut du pavé de la pop music à la fin du siècle dernier, il y avait autre chose qui pouvait expliquer ce détachement : j’avais simplement oublié qui était Michael et ce qu’il avait réellement fait.

Je me suis souvent demandé ce qui pouvait pousser une foule de personnes à se ruer sur les œuvres d’un artiste une fois celui-ci disparu. Aujourd’hui, je crois avoir compris qu’il s’agit davantage d’une culpabilité ressentie par celui qui ne lui a pas témoigné suffisamment d’amour quand l’artiste était encore là, un peu comme ces personnes qui s’en veulent de ne pas avoir assez dit à un proche parti trop tôt ce qu’il ressentait pour lui. Les connaisseurs, les vrais, ceux qui avaient déjà la discographie complète de Michael avant sa mort, qui connaissent aussi bien ‘Burn this disco out’ que ‘Earth song’, qui ont soigneusement conservé leurs places de concert, n’ont eu de cesse de l’accompagner au cours de sa carrière, même pendant les dernières années un peu plus douloureuses. Alors, forcément, ils sont tristes mais cèdent sûrement moins facilement à l’hystérie collective post mortem. Les autres, en revanche, réalisent trop tardivement à quel point Michael va leur manquer. Ils se rappellent la larme à l’œil de toutes ces chansons qui ont forcément rythmé des moments de leurs vies. Les plus jeunes, ceux de la génération 80’s se souviennent qu’il y a tout un pan de sa carrière qu’ils connaissent mal. En effet, nombreuses sont les personnes de ma génération éduquées à « History » et pour qui les débuts de Michael se limitent à ce fameux « Disc 1 » qui recensait ses plus grands tubes. D’où la frénésie qui s’est emparée d’eux quand les albums des Jackson 5 et « Off the Wall » sont arrivés en tête de gondole dans les FNAC’s pour moins de 7 euro.

Pour enfoncer le clou, « This it it » débarque dans les salles. Là encore, je suis resté fondamentalement perplexe devant cette entreprise. Combinant des centaines d’heures de répétition, le documentaire sortait si rapidement qu’on ne pouvait s’empêcher de le voir comme un cadeau compensatoire envers les producteurs frustrés qui tenaient absolument à ce que Michael fasse ces 50 dates de concert. Voir Kenny Ortega derrière la caméra n’avait franchement pas de quoi rassurer lui qui n’a pas vraiment de réalisation notable dans la besace. « Hocus Pocus » avec Bette Midler, un Emmy Award pour la chorégraphie de « High School Musical » et des contributions pour le petit écran (« Chicago Hope », « Ally McBeal »). Assez maigre finalement.

A la sortie du cinéma, c’est comme si je m’étais senti une deuxième fois coupable, cette fois pour être allé voir « This is it » à reculons. Bien sûr, on ne peut pas occulter l’aspect outrancièrement mercantile de ce projet à la stratégie marketing bien huilée. Annoncé deux semaines à l’affiche, son exploitation vient d’être prolongée jusqu’au 1er décembre. Prévisible bien sûr mais diablement efficace. Et puis ça fait déjà un bon moment que tout ce que touche Michael Jackson acquiert immédiatement un potentiel commercial inestimable, il aurait été étonnant qu’il en soit autrement pour un documentaire évoquant ses dernières répétitions. Il faut donc prendre « This is it » pour ce qu’il est : une suite d’images compilées sans talent de réalisation particulier et destiné, d’une part à surfer sur la Jacksonmania planétaire, et, d’autre part, à donner un éclairage unique sur l’artiste. Parce que la prouesse du documentaire réside dans la faculté qu’il a eu d’éviter tout sentimentalisme malvenu sur ces derniers jours ou de céder à la glorification d’un artiste aussi énigmatique que populaire. Pourtant, l’ouverture sur ces témoignages sanglotants des danseurs n’en revenant pas de participer à la dernière tournée de leur idole avait de quoi laisser sceptique. Rapidement, Kenny Ortega a eu l’intelligence de balayer ce déferlement de bons sentiments d’un revers de main et de se concentrer sur Michael.

« This is it » est une pièce rare en cela qu’elle présente pour la première fois 1H50 de Michael Jackson sans hystérie autour (mis à part lors de l’extrait de sa conférence de presse à Londres). On y voit un Michael Jackson tantôt hésitant, souvent juste, exigeant avec ses collaborateurs, toujours humble, lâchant des « God bless you » à tout-va et rigolant comme un gamin, sucette à la bouche, lorsque Ortega le taquine. Entre toutes les scènes de répétition dans lequel on le voit reprendre ses illustres chorégraphies comme au premier jour se tapissent quelques moments d’anthologie. Au premier rang d’entre eux figure la répétition de ‘The way you make me feel’. Michael Jackson et son directeur musical s’y demandent comment débuter le morceau de la meilleure manière. Alors que son acolyte s’empresse de jouer les premières notes, Michael, lui conseille simplement de « jouer plus simple, comme si tu te traînais hors du lit », l’air de signifier que la plus pure simplicité valait tout autant qu’un enchaînement complexe à condition qu’elle soit maîtrisée. Grand moment également lorsque MJ se lance dans un solo de danse sur ‘Billie Jean’ devant des danseurs totalement enchantés par le spectacle auquel ils ont le privilège d’assister.

En quelque sorte, le documentaire brise le mythe d’un Michael Jackson reclus dans son Neverland sur lequel il était impossible d’apprendre quoi que ce soit. « This is it » le montre fragilisé, en très nette perte de poids, parfois en difficulté lui qui ne laissait jamais transparaître la moindre faille lors de ses sorties. En revanche, il a le mérite de renforcer un autre mythe, celui d’un Michal Jackson au sens du rythme incroyable, perfectionniste comme jamais et dévoué avant tout à la musique. On ne saura jamais si c’était la volonté première de Kenny Ortega mais on ne peut que le remercier pour cela.

Billet paru sur le blog de l’Abcdrduson.

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