Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Vengeurs (non) masqués.

A l’occasion de la sortie de « Vengeance » de Johnnie To et de « Jusqu’en enfer » de Sam Raimi, les thèmes de la vengeance et de la rédemption sont à l’honneur. De Charles Bronson à Kurosawa, de Tarantino à Ridley Scott, le cinéma s’est intéressé à plusieurs reprises à des histoires de ce type. L’occasion pour nous de revenir sur certaines d’entre elles.

Kill Bill

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Réalisation : Quentin Tarantino.
Scénario : Quentin Tarantino & Uma Thurman.
Distribution : Uma Thurman, David Carradine, Michael Madsen, Daryl Hannah, Lucy Liu…
Synopsis : Une ancienne tueuse à gages avait décidé de se ranger pour mener une vie paisible, loin de la violence qui l’accaparait dans le passé. Sauf que son ancienne organisation ne l’entendait pas de cette oreille là. Lors d’une répétition de mariage, elle voit ses anciens collègues débarquer sauvagement et tirer sur tout ce qui bouge. Laissée pour morte, elle se réveillera de son coma plusieurs mois plus tard. A partir de ce moment, elle n’a qu’une seule obsession : retrouver Bill, chef de son ancienne organisation, et le faire payer.

Au-delà du côté diablement fun du film et des scènes de combat ultra-esthétiques, Tarantino questionne véritablement la légitimité de la vengeance. Notamment lors d’une des premières scènes du premier volume lorsque Uma Thurman retrouve Vivica Fox. D’un côté, Uma, femme brisée assoiffée de vengeance à qui on a pris son mari, le bébé qu’elle attendait et la nouvelle vie qu’elle s’était minutieusement préparée. De l’autre, Vivica qui a elle aussi quitté son boulot de tueuse à gages et est désormais une mère de famille respectable. Justement, sa toute jeune fille rentrant de l’école viendra surprendre les deux femmes au beau milieu d’un combat ahurissant. Quand, un peu plus tard, elle trouvera sa mère morte, la réplique d’Uma Thurman témoignera du parti pris de Tarantino : on a le droit de se venger. « It was not my intention to do this in front of you. For that, I’m sorry. But you can take my word for it, your mother had it comin’. When you grow up, if you still feel raw about it, I’ll be waiting. » Ainsi, la vengeance est complètement acceptée, mieux elle est encouragée. Plus tard, Michael Madsen ira aussi de sa réplique : « That woman deserves her revenge and we deserve to die. »

Man on fire

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Réalisation : Tony Scott.
Distribution : Denzel Washington, Dakota Fanning, Christopher Walken…
Scénario : Brian Helgeland d’après l’oeuvre de A.J Quinnell
Synopsis : Un ancient agent de la CIA, exilé au Mexique, se reconvertit en tant que garde du corps de la petite Pita Ramos, fille d’un riche industriel. Au fur et à mesure, il va se nouer des liens assez forts avec elle. Forcément, quand elle va être kidnappée, il va se lancer à la poursuite des ravisseurs armé d’une rage sans pareille.

« Man on fire » est intéressant dans le sens où il renoue avec la tradition des héros mauvais garçons. John Creasy, le personnage interprété par Denzel Washington, est sans peur, sans reproches et, surtout, sans aucune morale. Pour récupérer la petite, il est prêt à détruire absolument tout ce qui se trouvera sur son passage. S’il avait été incarné par un autre acteur, on l’aurait facilement imaginé raciste sur les bords, sorte de Harry Callahan 2.0. Dans le film, le chemin vers la vengeance est vue comme une longue quête vers la rédemption. Coupable d’erreurs dans le passé, alcoolique notoire, John Creasy voit dans cette histoire une chance de sauver son âme. Jusqu’à se sacrifier volontairement lors d’une scène de fin bouleversante.

Permis de tuer

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Réalisation : John Glen.
Distribution : Timothy Dalton, Robert Davi, Anthony Zerbe, Carey Lowell…
Scénario : Michael G. Wilson & Richard Maibaum d’aprrès l’œuvre de Ian Fleming.
Synopsis : Le légendaire 007 va utiliser son permis de tuer contre l’avis de ses supérieurs dans le but de venger des amis à lui sauvagement assassinés.

Timothy Dalton fut un grand James Bond. Moins british que Roger Moore, moins charismatique que Sean Connery, moins séducteur que Pierce Brosnan, il restera dans l’histoire des 007 quasiment aussi anecdotiques que Georges Lazenby. Pourtant, il est, en quelque sorte, le père de Daniel Craig. Comme lui, il est outrancièrement violent, se moque complètement de la hiérarchie et a davantage une tête de Russe, traditionnel ennemi de James Bond, que de britannique. Sincèrement, le petit sourire en coin fouinard de Thimothy Dalton ou son expression froide et rigide quand il regarde un ennemi se faire dévorer par un requin le rapproche davantage des bad guy traditionnellement portés à l’écran que des super-héros. Dans ce contexte là, il était simplement parfait dans ce rôle d’un 007 meurtri (tiens, comme Daniel Craig à la fin de « Casino Royale ») et cherchant à tout prix à venger ceux qu’il a perdus (tiens, comme Daniel Craig dans « Quantum of Solace »).

36 quai des orfèvres

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Réalisation : Olivier Marchal.
Distribution : Daniel Auteuil, Gérard Depardieu, André Dussolier…
Scénario : Olivier Marchal, Julien Rappeneau, Franck Mancuso, Dominique Loiseau.
Synopsis : Alors qu’un gang de braqueurs sévit violemment, une terrible rivalité s’installe entre Léo Vrinks, patron de la BRI, et Denis Klein, patron de la BRB. En effet, celui qui réussira à faire tomber le gang est assuré de prendre le poste de directeur de la PJ.

« 36 quai des Orfèvres » n’est pas directement un film sur la vengeance. En revanche, il est sûrement celui qui la légitime le plus. Composé en deux parties, il montre d’abord la guerre intestine que vont se mener Vrinks et Klein pour faire tomber le gang avant de montrer un Daniel Auteuil déchu, emprisonné et complètement seul. Olivier Marchal réalise un grand polar même s’il propose une vision finalement assez manichéenne : d’un côté un Depardieu prêt à tout pour réussir, de l’autre un Auteuil intègre et plein de principes. Dans ce contexte, le spectateur tombe forcément dans l’empathie et ne souhaite que la réhabilitation d’Auteuil. Peu importe si ça doit passer par la veangeance.

Jusqu’en enfer

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Réalisation : Sam Raimi.
Distribution : Alison Lohman, Justin Long, Lorna Raver…
Scénario : Sam Raimi & Ivan Raimi.
Synopsis : Une jeune banquière zélée désireuse de grimper les échelons va refuser la prolongation d’un prêt à une vieille dame peu fortunée. Pour se venger, cette dernière va jeter un terrible sort sur la jeune femme…

Sam Raimi a fait sa trilogie « Spiderman », tranquillement, sans trop se mettre en danger. Trois énormes blockbusters plutôt réussis et ponctués par un troisième volume à l’efficacité redoutable. De quoi révéler au grand public le talent de Tobey Maguire, le charme énigmatique de Kirsten Dunst, de confirmer la prédisposition physique de Willem Dafoe pour les rôles de psychopathes et, tout de même, de remplir considérablement son portefeuille. Et puis, comme s’il était fatigué de ces énormes machines qui le contraignent à n’insuffler sa patte que par moments, Sam a eu envie de revenir à ses premières amours. Honnêtement, voir ce quinquagénaire rondelet envoyer valser le temps d’un film les codes hollywoodiens a quelque chose de terriblement rafraichissant.
Kitschissime à souhait, « Jusqu’en enfer » reprend la recette qui avait fait de la saga « Evil Dead » une trilogie historique. Ici, la vengeance de la vieille dame n’est qu’un prétexte pour permettre à l’imagination débordante de Sam Raimi de s’exprimer : rébellion des esprits, meubles qui prennent vie (et référence évidente à la scène culte issue d’ « Evil dead 2 »), exorcisme maladroit et transformation progressive des personnages principaux. En effet, comme dans le premier volet de sa célèbre trilogie, Sam Raimi a pris de jeunes acteurs encore peu connus dont la situation va évoluer au cours du film.
Justement, le choix d’Alison Lohman dans le rôle titre s’avère on ne peut plus judicieux. Avec sa tête de collégienne innocente, elle semble complètement perdue au milieu de ce déluge de violence. Dépassée par les événements, elle ne sait plus qui croire, son medium, son petit ami ou ces voix qui ne quittent plus son esprit. Et puis, elle va gagner en confiance au fur et à mesure jusqu’à combattre sa peur lors d’une magnifique scène de pré-fin dans le cimetière. Scène qui fera définitivement passer la miss de jeune femme à peu près charmante au visage trop rond à celui de futur sex symbol. Regardez la scène et on reparle après.

Alors ? : Sam Raimi signe son retour avec un film explosif, réellement terrifiant par moments, réellement hilarant à d’autres. Une dinguerie sans nom qui appâte le spectateur avec des gags improbables pour mieux le crucifier la minute suivante. Bizarrement, ça fait un bien fou.

Vengeance

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Réalisation : Johnnie To.
Distribution : Johnny Halliday, Anthony Wong Chau-Sang, Simon Yam, Suet Lam, Sylvie Testud…
Scénario : Wai Ka-Fai.
Synopsis : Francis Costello, honnête tenancier d’un restaurant à Paris, vient en Chine pour venger sa fille et la famille de cette dernière attaquée dans leur maison. Costello va engager trois tueurs chargés de retrouver les coupables.

Le thème de la vengeance est a priori traité d’une manière terriblement classique ici. Un homme décide de venger sa fille et de livrer tous ses efforts dans une chasse aux assassins. Pour cela, il s’adjuge le services de tueurs professionnels. A priori, pour l’innovation, il faudra repasser. Sauf que « Vengeance » présente au moins trois bonnes raisons d’être vu :
– En premier lieu, Johnnie To retrouve la virtuosité derrière la caméra qui l’avait consacré il y a dix ans de cela pour « The mission ». A ce titre, la scène de gunfight dans la réserve de Macau est anthologique rappelant par sa chorégraphie et certains plans de vue les scènes de combat historiques visibles récemment dans « Les trois royaumes ». Les trouvailles visuelles sont nombreuses et permettent de dynamiser suffisamment un film qui aurait pu facilement s’essoufler.
– En faisant de Costello un revanchard qui perd petit à petit la mémoire, le film n’hésite pas à poser la question suivante : à quoi bon rime de se venger quand on ne se souvient même plus pourquoi on veut le faire ? C’est là où le scénariste a donné la complexité nécessaire au personnage de Costello pour hisser le film hors des sentiers battus. Loin d’être un vengeur sûr de lui, il est en réalité beaucoup plus fragile que sa grande carcasse le laisse présager et en vient même à se retrouver totalement perdu dans un pays qu’il ne connaît pas.
– Toujours dans la même veine, le film continue sa réflexion sur le sens de la vengeance lorsque Costello se retrouve nez à nez avec George Fung. Même lorsqu’il est sûr de d’avoir affaire au coupable, il semble épuisé, presque contraint d’appuyer sur la gachette en raison de la promesse faite à sa fille. La scène semble nous dire que même s’il obtient sa vengeance, il ne trouvera pas la paix intérieure pour autant…

Au-delà de ça, prendre Johnny Halliday pour le rôle principal était un véritable risque. Si Johnnie To comptait sur Alain Delon au départ, celui-ci s’est finalement rétracté après la lecture du scénario. Le rôle de Costello a donc échoué à Johnny qui apporte quelques confirmations quant à son éventuel potentiel de comédien. Autant être honnête, on sent que l’idole des jeunes routiers n’est pas initialement fait pour la comédie. En plus d’avoir a surmonté la difficulté de devoir parler en anglais, Johnny fait preuve d’un manque totale d’expression qui fait souvent passer son personnage pour un crétin fini qui donne la triste sensation de ne rien comprendre à ce qui se passe autour de lui. Pire, dans certaines scènes, on croit entendre Johnny dire à Johnnie « je t’avais prévenu, je suis fait pour remplir les stades, pas les salles de cinéma ». Sauf que, cette rigidité du faciès se transforme presque en qualité lorsque Costello fait part de ses problèmes de mémoire. Halliday gagne alors en crédibilité et insuffle toute la sensibilité nécessaire à ce baroudeur paumé à des milliers de kilomètres de chez lui.

En prime, une réplique qui restera : « This coat belongs to you….BANG ». Déjà classique.

Finalement ? : « Vengeance » est un bon film de gangsters mélangeant à la fois les codes du cinéma occidental et ceux du cinéma asiatique. Johnnie To revient en force après un « Breaking news » qui avait laissé bon nombre de fans sur leur faim.

Billet paru sur le blog Theater of the Mind.

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