Publié par : Mehdi | décembre 22, 2009

Top 100 : il n’y a pas que Booba à Boulogne

Un jour, il faudra faire une étude sur la ville de Boulogne et l’incroyable vivier de rappeurs talentueux auxquels elle a donné naissance. Récemment élue 12ème ville préférée des français fortunés, elle ne correspond pas exactement à l’idée que l’on se fait de la ville hip-hop (attention, j’ai pas dit ‘Hip Hop ville’ hein). Et pourtant, entre les Sages Po, Nysay, Lunatic, Kohndo, Egosyst, Mo’vez Lang, Sir Doum’s etc, elle fait figure de centre de formation impressionnant. A la vue de notre top 100, on ne peut pas dire que Boulbi ait été sous-représentée, plutôt écrasée par le poids de Booba. Présent sur 17 morceaux, l’autoproclamé Duc de Boulogne est incontestablement le grand gagnant de ce classement, comme s’il avait réussi à écarter les autres membres de la famille pour rafler l’intégralité de l’héritage boulonnais. Si même à Boulogne, il y a aussi Booba et les autres, c’était l’occasion de parler de ces « autres ».

sagesLes Sages Poètes de la Rue – Des voix dans ma tête


(« Jusqu’à l’amour » – 1998)

Avec un seul titre répertorié dans le top 100, les Sages Po sont un petit peu les grands absents du classement avec Busta Flex. Deux raisons pourraient expliquer cette situation. La première hypothèse consisterait à dire, comme le suppose Zoxea, qu’une partie du public est « amnésique », qu’elle a rapidement oublié la fraîcheur apportée par les Pozoezets, lui préférant la sacro-sainte trinité IAM/NTM/Assassin quand il s’agit de nommer les groupes fondateurs du rap français. Et pourtant, si l’on s’amusait à faire le même top avec des albums (qui a parlé de teaser ?), il y a fort à parier que « Jusqu’à l’amour » et « Qu’est ce qui fait marcher les sages ? » arriveraient en excellente position, sûrement capables de truster tous les deux une place dans le top 10. On en vient donc à la deuxième explication possible : finalement, les Sages Po ont peut-être moins de morceaux étendards et emblématiques que les autres artistes cités. Hormis ‘Qu’est ce qui fait marcher les sages?’ et ‘Bons baisers du poste’, on parle plus souvent de leur œuvre complète que de titres particuliers. Et quand on écoute leurs « Trésors enfouis », on ose à peine imaginer la difficulté avec laquelle ils ont dû évincer des titres de leur second opus. Ici, j’ai eu envie de mettre en avant ‘Des voix dans ma tête’, formidable solo de Dany Dan dans lequel le dandy distille son légendaire bagout (« Plus personne ne pourra m’avoir,j’enfonce ma route vers la gloire,car quand j’écris, j’écris l’histoire »), mais n’importe quelle piste de « Jusqu’à l’amour » aurait pu avoir sa place.

kohndo290509Kohndo & Dwele – Je serais là


(« Deux pieds sur terre » – 2006)

Groupe surdoué, la Cliqua comptait son lot d’excellents rappeurs. Pourtant, lorsqu’il s’agit de faire ressortir des individualités, ce sont souvent les très charismatiques Rocca et Daddy Lord C qui reviennent sur toutes les lèvres, Kohndo, un des « pères du flow » en France comme le disait Enz, étant souvent relégué au second plan. Peut-être était-il moins charismatique mais force est de constater que c’est un de ceux qui a le mieux géré sa carrière solo. Après l’essentiel « Tout est écrit » sorti en 2003, KOH met la barre encore plus haute avec « Deux pieds sur terre », un des disques de rap français les plus aboutis de ces dernières années et bénéficiant d’une armada de beatmakers tous décidés à sortir l’instru de leur vie. Sur ‘Je serais là’, c’est Stix qui s’y colle. Dès les premières notes de piano samplées, on comprend rapidement qu’il va se passer quelque chose. La décontraction de Kohndo et son écriture aux multiples tiroirs confirment cette première impression. Mieux, il a eu le bon goût d’inviter Dwele pour un refrain en anglais réussi, chose assez rare dans nos contrées pour être soulignée. Superbe.

1963434871_small_5Sir Doum’s – Je lutte en rimant


(« Dans la sono » – 1997)

« Quand petit Mamadou cause, bouche close on ne peut que l’écouter, des crimes avec la rime il vous propose, êtes-vous prêts à vous faire musicalement tuer ? » Quelle plus belle porte d’entrée dans le rap aurait pu être donnée à Sir Doum’s ? En 1997, grâce à ce titre et à son couplet d’exception sur ‘Dans la sono’, il était l’un des espoirs les plus prometteurs du rap français. Douze ans après, on ne sait pas vraiment ce qu’il est devenu. Pourtant, Sir Doum’s s’imposait avec ‘Je lutte en rimant’ comme le meilleur élève de l’école Sages Po, descendant direct de Dany Dan dont il s’était manifestement largement inspiré. Entre les apparitions de Zoxea (avec ce refrain chanté dont il est difficile de se défaire) et de Dany, Sir Doum’s enchaîne des couplets transpirant la galère, reflétant une étonnante maturité et démontrant des capacités microphoniques hors-normes. Sérieusement, si on effaçait « Dans un autre monde » de nos mémoires et que Zox et Melo P décidaient de rempiler pour un véritable nouvel opus avec toutes les figures historiques du Beat de Boul, ça aurait quand même de la gueule non ?

641278427Mo’vez Lang – On vient de loin


(« Héritiers de la rue » – 1999)

Tous les ingrédients qui firent la réussite du premier album de Mo’vez Lang sont synthétisées dans ce morceau. En premier lieu, le style délicieusement rentre-dedans des rappeurs qui ont pour premier principe de ne se poser aucune question. Si le groupe et L.I.M en tête se sont ensuite éloignés des beats très Native tongue chers à Melopheelo, toute l’essence de leur style brut de décoffrage résidait déjà dans ce premier opus. Ensuite, le parrainage de Beat de Boul, via le couplet stratosphérique de Zoxea, y est également mentionné. Alors que les rappeurs de la Mo’vez Lang déchiquètent littéralement l’instru, Zox’ vient conclure le tout avec autorité, technique irréprochable et flow chaloupé en prime. Enfin, il est difficile aujourd’hui de ne pas regarder cette époque sans tenir compte des innombrables embrouilles qui ont par la suite pollué le collectif. Entre L.I.M qui aurait attaqué Zoxea à la hâche, Zoxea qui insinuera que L.I.M se s’appelle pas Selim mais Jérôme, il y a de quoi regretter terriblement cette époque bénie où tous ces rappeurs voisins se regroupaient régulièrement pour écrire quelques unes des plus belles pages du rap français.

SALIF1290509Salif – Elle est partie


(« Tous ensemble Chacun pour soi » – 2001)

Les années passant, Salif s’est créé une carapace, devenant une sorte de gros dur au cœur de pierre qui n’a pas le temps de laisser transparaître ses sentiments. A la limite une pointe de nostalgie comme c’est le cas sur don dernier album (‘Warriorz’, ‘Cursus scolaire’) mais on est loin de la véritable séance de psychanalyse qu’était ‘Elle est partie’. Sorti au moment où le rap français a commencé à se durcir considérablement, aussi bien dans le fond que dans la forme, ces 4’37 minutes de sincère désespoir étaient on ne peut plus audacieuses. Si ce premier album avait reçu un accueil mitigé à l’époque, il s’est depuis imposé comme un indispensable, créant même son lot de nostalgiques lorsqu’une partie des auditeurs ont compris qu’aujourd’hui, Salif avait définitivement pris le dessus sur Fon.

Billet paru sur le site Abcdrduson.com.

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