Publié par : Mehdi | novembre 20, 2009

Call it a comeback

Ex-grand espoir du rap français, Fdy Phenomen n’avait plus fait parler de lui depuis un long moment et le bootleg « Le charcutier » sorti en 2005. Ancien membre des Rimeurs à Gage, présent sur bon nombre des compilations importantes du début des années 2000, Fdy nous avait laissé sur notre faim avec « Ca d’vait arriver », premier album prometteur mais quelque peu inégal sorti en 2002 chez Secteur Ä. Plus décidé que jamais à se refaire un nom dans ce rap français, il revient avec un deuxième opus intitulé « Qui peut tuer la rage d’un assassin ? » porté par ‘Pour rien’, premier extrait revanchard à souhait. Rendez-vous sur son Myspace pour en savoir plus et en janvier 2010 dans les bacs.

News parue sur le site Abcdrduson.com.

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Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Interview : Youssoupha.

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Avec « Sur les chemins du retour », Youssoupha s’apprête à affronter l’étape difficile du deuxième album. L’occasion pour nous de nous entretenir avec lui sur ce nouveau projet mais de revenir également sur ses débuts avec le Ménage à 3, son premier street-CD, son expérience chez Popstars ou la féroce polémique qui l’a opposé à Eric Zemmour.

Abcdr du Son : Ton père Tabu Ley Rochereau était un musicien très connu dans les années 70. As-tu été bercé dans la musique et su très tôt que tu en ferais ton métier ?

Youssoupha : S’il devait y avoir un rapport artistique entre mon père et moi, il ne pourrait qu’être dû aux lois de la génétique. Même si je le croisais de temps en temps, je n’ai pas grandi avec mon père, mes parents se sont séparés quand je n’étais même pas encore en maternelle. On ne peut pas dire qu’il m’a transmis quelque chose. Malgré tout, c’était vraiment un amoureux de la musique et je pense qu’il doit se passer quelque chose de génétique. Même si je ne pourrai pas faire le tiers du quart du dixième de ce qu’il a fait parce que c’était un artiste vraiment reconnu et qui a marqué la variété africaine, j’ai cette même passion. Je ne vois pas d’autre explication que les lois de la génétique.

A : Comment es-tu venu au rap ? Quels sont les premiers albums qui t’ont marqué ?

Y : Le rap n’est pas la musique avec laquelle j’ai grandi, bien au contraire. J’ai grandi à Kinshasa dans les années 80 et le rap n’y était pas très bien relayé. Quand je suis arrivé en France vers 9-10 ans, j’écoutais surtout la musique du bled et Michael Jackson. Le rap est venu après. Comme tous mes potes de Cergy, je regardais la télé et les premiers trucs qu’on voyait c’était Vanilla Ice, MC Hammer etc. D’où ma punchline sur ‘A force de le dire’ quand je dis « J’fais pas le gangster, ça c’est véridique, notre génération a trouvé le rap français à travers Benny B ». Il y a beaucoup plus de rappeurs qui ont connu le rap à travers Benny B qu’il semble y en avoir. Personne n’en parle jamais, comme s’il n’avait jamais existé, alors que je me souviens que les jeunes de mon âge écoutaient tous ça. Aujourd’hui, il n’en reste rien et ça fait peut-être partie des complexes du rap français. Je ne dis pas qu’il n’y avait que ça mais à l’époque j’écoutais aussi bien Benny B que NTM. Je passais de « Qu’est ce qu’on fait maintenant ? » à « C’est clair, t’as le toucher nique ta mère ». Je ne cherchais pas à hiérarchiser les rappeurs et à déterminer qui était vrai et qui ne l’était pas. Après effectivement, on s’est davantage posé la question quand des groupes comme NTM et IAM ont recadré les choses et que le rap s’est diversifié avec Solaar, Rapline etc. Ensuite, on est passé à un rap plus consistant.

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Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Interview : Salif.

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Événement de la rentrée rap français, la sortie de « Curriculum Vital », deuxième album de Salif, est l’occasion de nous entretenir longuement avec le « Boulogne Boy ». IV my people, Zoxea, Kanye West, le téléchargement… Comme sur disque, Salif s’est livré sans calcul.

Abcdr du Son : On va revenir sur tes débuts. Comment t’es tu lancé dans le rap ?

Salif : En voyant les Sages Poètes de la Rue sur scène. Déjà, ils étaient de mon quartier et puis je trouvais qu’ils avaient vraiment quelque chose au niveau du style, de la dégaine. A ce moment là, je n’étais pas du tout à fond dans le rap. Le fait de les avoir vu devant moi a matérialisé un peu la chose et ensuite j’ai apporté mes propres retouches. Eux parlaient énormément de leurs flow, Dany Dan de ses sapes et moi j’étais plus dans mon délire caillera à raconter les choses que je faisais dehors. Par rapport aux mecs avec qui je traînais, le rap n’était pas forcément la chose à faire donc j’ai commencé un peu en cachette. J’étais dans mon coin et de temps en temps j’allais voir Zoxea pour lui montrer ce que je faisais. Au fur et à mesure, ça a commencé à se construire : j’ai fait les backs de Zoxea, sa tournée et c’est comme ça que j’ai rencontré Kool Shen. Quand je faisais les backs de Zoxea, je rentrais toujours sur une impro, différente chaque soir. Pas d’impro préparée donc et, de toute façon, j’étais tout le temps défoncé donc je ne me posais pas vraiment la question. Je pense que c’est à ce moment que Kool Shen a repéré ma fougue, mon envie et sûrement un certain talent aussi. Il faut savoir que j’avais déjà commencé à bosser un album solo avec Zoxea à l’époque où il avait son studio, avant l’aventure IV my people. Kool Shen venait de faire celui de Zoxea et m’a dit qu’il aimerait bien produire le mien sur sa structure. J’en ai parlé avec Zoxea qui m’a dit de foncer.

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Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Interview : West Coast Theory.

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Quand deux beatmakers amateurs s’en vont réaliser un documentaire sur l’industrie musicale à Los Angeles, ça donne « West Coast Theory », long-métrage épatant dans lequel se croisent des personnalités aussi hautes en couleurs que Snoop, Muggs, Battlecat ou Will.IAM. Rencontre avec Maxime Giffard et Félix Tissier, les deux réalisateurs.

Abdrduson : Pouvez-vous vous présenter ? Quel a été votre parcours avant « Westcoast Theory » ?

Maxime : Maxime Giffard, co-réalisateur et auteur de « Westcoast Theory ». Avec Félix, tout a commencé quand on faisait du son ensemble. Sinon, j’ai fait des études de droit donc ma formation n’a pas grand rapport avec mon métier actuel.

Félix : Félix Tissier, co-réalisateur de « Westcoast Theory », graphiste et directeur artistique qui s’était mis doucement à la vidéo et qui a complètement plongé dedans avec « Westcoast Theory ».

A : D’où est venue cette idée de réaliser un documentaire sur la westcoast et le son de L.A ?

F : Comme disait Maxime, on faisait des beats ensemble à l’époque. En parallèle, je faisais des interview pour un site web et, quand je suis allé interviewer Rohff, Richard Segal Huredia était derrière la console. Du coup, avec Maxime, on s’était dit que ce serait sympa de l’interviewer et on s’est super bien entendu avec lui. On est vite devenu potes, on traînait ensemble dans Paris.

En fait, je suis allé à Los Angeles dans le cadre d’un autre projet et je me suis reconnecté avec lui. Je me suis rendu compte que son entourage était composé de grands producteurs et rappeurs et que les approcher était beaucoup plus simple que quand on les croisait à Paris. Quand je suis revenu de Los Angeles, j’ai discuté avec Maxime et on était d’accord pour dire que Segal avait un immense savoir capable de répondre aux multiples questions que se posaient des beatmakers amateurs comme nous.

M : A l’époque, on faisait des beats qui, s’ils étaient poussés à un niveau de décibels à peu près présentable, étaient absolument inaudibles. J’ai récemment réécouté certains de nos beats et c’est vrai qu’on marchait un peu sur la tête. Du coup, avoir accès à ce mec là était une chance assez inouïe. Au départ, on pensait à des mecs comme nous et l’idée était de faire un masterclass de mix chez Segal histoire que tous ceux qui avaient un home studio puissent reprendre la chaîne de fabrication et voir où est ce qu’il était possible de progresser. A la base, il s’agissait du beatmaker lambda qui rencontre le mec responsable de l’album qui a explosé toutes les barrières au niveau du mix : « Chronic 2001 ». On a commencé le master class et Segal en a eu un peu marre de faire du discours indirect à chaque fois qu’on lui posait des questions sur ses potes.

Du coup, il nous a permis d’aller à la rencontre de ces gens là et le film a pris une toute autre tournure. Il y avait aussi quelque chose d’important qui se passait avec, d’une part, la fermeture des grands studios et, d’autre part, la réorganisation de ces producteurs vers des home studio à un moment où les réductions de coûts s’imposaient compte tenu de la baisse des ventes…On a remarqué qu’il y avait toute une histoire à laquelle on n’avait pas pensé et qu’il fallait pourtant absolument raconter.

F: Du coup, un tournage ne nous a pas suffi et on a dû y retourner. Après le premier tournage, on est revenu avec beaucoup d’interviews mais pas de quoi réaliser un documentaire complet.

M : Par exemple, on n’avait rien sur le mastering. On savait que Bryan « Big Bass » Gardner avait fait, entre autres, les premiers NWA, le premier Chronic et qu’il avait une responsabilité vis à vis du son qu’il aurait été intéressant d’exploiter dans le DVD. Pareil pour Roger Lynn [NDLR : il a créé la première boîte à rythmes en 1979] avec la MPC.

On s’est dit que l’histoire qu’on voulait raconter devait comporter ces deux mecs là. Ce sont donc les deux mecs aux cheveux blancs du film – qui ne sont d’ailleurs pas forcément les moins jeunes d’esprit. Du coup, on a pu voir Too Short, B-Real, revoir Muggs et épaissir au fur et à mesure le projet.

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Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Interview : Aelpéacha.

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Depuis plus de dix ans, Aelpéacha s’est forgé une place de choix dans le rap français. Avec plusieurs albums référence à son actif, le « Val de Marne rider » est un artiste complet, aussi à l’aise derrière les machines qu’au micro. Encore à l’origine de la compilation « Chargé » sortie en avril dernier, il revient avec nous sur son parcours, ses influences et ses projets.

Abcdrduson : On va commencer par le commencement. Quels ont été tes premiers contacts avec le rap ?

Aelpéacha : Mes premiers contacts avec le rap…[il hésite] Franchement, le premier son de rap qui m’a fait rigoler c’est ‘Bouge de là’. Avant, il y avait un côté un petit peu contestataire, rap de cité qui me saoulait. J’étais pas trop là-dedans. J’écoutais plus de musiques ensoleillées, notamment du reggae. Mais ‘Bouge de là’ m’a bien fait rigoler. Après, la grande claque c’est Dre avec ‘Fuck wit Dr. Dre day’. Là j’ai dit : « Ok c’est bon, j’ai compris ». « The Chronic » est vraiment devenu mon disque de chevet et, ensuite, tous les dérivés de « Chronic » étaient, pour moi, gages de qualité. En ce qui me concerne, tout part de « Chronic ». Honnêtement, si Dre n’avait pas fait cet album, j’aurais peut-être fait l’impasse sur le rap. Avant, j’écoutais le rap mais de très loin.

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Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Interview : Dany Dan

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Cinq disques avec les Sages Poètes de la Rue, un album solo, quatre mixtapes, une flopée de featurings : Dany Dan a écrit quelques unes des plus belles lignes de l’histoire du rap français. Pour présenter le légendaire MC boulonnais, il faudrait sûrement autant de superlatifs qu’il y a de pseudonymes prêtés à ce « tympan perceur », « tard le soir traîneur », « premier métro preneur »… Alors forcément, au moment de le rencontrer, il y a pas mal d’excitation. Et une bonne dose d’émotion.

Métro Marcel Sembat, Pont de Sèvres…Les lieux qui nous entourent en ce 18 octobre ne sont pas complètement anodins. Immortalisés par des rappeurs qui avaient une féroce envie de représenter une ville quelque peu isolée dans le paysage rapologique français (nous y reviendrons), ils sont chargés d’histoire pour quiconque a été bercé par les morceaux des Silisages, du Beat de Boul’ ou de Lunatic.

Avant de rencontrer Dan, il aurait été légitime d’émettre des doutes sur la ponctualité de celui qui a maintes et maintes fois repoussé la sortie de son tant attendu « Poétiquement correct ». Nous aurions été mauvaises langues. Dany est (presque) pile à l’heure. Le temps de se saluer, de remarquer qu’il avoisine effectivement les deux mètres et nous nous installons en bord de Seine, précisément là où a été tourné le clip de ‘Fais le vide remix’ (visible sur son Myspace).

« Ma parole », « A la régulière », « On roule »…Pas de doutes, Dan parle comme il rappe. Et inversement. Pour compléter l’impression de sincérité qui se dégage du bonhomme, son téléphone sonnera au rythme de ‘Steve Biko (Stir it up)’ quelques minutes après qu’il nous dise qu’il avait « vraiment trop écouté « Midnight marauders » ».

Mine de rien, il n’y a peut-être pas tant de rappeurs que ça dont on pense pouvoir réciter la quasi-totalité des couplets sans sourciller. Alors quand une rencontre avec l’un d’entre eux se transforme en une chaleureuse discussion d’une heure et demie autour du rap, on est content d’avoir appuyé sur « Play » au bon moment.

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Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Chronique : Oxmo Puccino – L’arme de paix

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Chronique par Mehdi | Publiée le 26/04/2009

Sortie : 23 mars 2009
Durée : 43’39
Label : Cinq 7
Format : CD/Vinyle

Deux collaborations avec des anciens membres de la Star Academy, des phrases empruntées à Brel et Aznavour, un morceau qui sous-entend ouvertement que l’amour est bel et bien vivant, aucun rappeur en featuring et un disque ponctué de sourires réguliers à peine masqués: voilà, à peu près, ce que vous trouverez dans « L’arme de paix ».

« C’est pas encore défini, mais tout à l’heure on parlait de chanson populaire à la Aznavour, eh bien ça peut tendre vers ça. Finalement, c’est ce que les gens ont aimé dans mon premier album, du vif, du « tout de suite ». Donc je cherche un bon amalgame entre ça et quelque chose de plus dense, un bon mélange entre la profondeur et la légèreté. »

Oxmo Puccino à propos de son prochain album lors d’une interview accordée à l’Abcdr et publiée le 03/10/2007.

J’imagine assez facilement ce que les médias généralistes pourraient penser de « L’arme de paix ». Le cinquième album du MC « plus mortel qu’un cimetière » sera sans aucun doute qualifié d’album de la maturité, sorte de synthèse idéale des expériences précédentes du rappeur. Propulsé en à peine une dizaine d’années de Time Bomb à Blue Note, le rap d’Oxmo serait enfin passé à l’âge adulte, définitivement affranchi des codes régissant le rap et s’exprimant enfin pleinement en tant qu’artiste à part entière. Mais « L’arme de paix » n’est rien de tout ça. Depuis le titre et son jeu de mot à l’inspiration enfantine jusqu’à la pochette qui montre un Oxmo pour la première fois sans pudeur, n’hésitant pas à verser une larme (« Regard glacial car nos larmes ont trop hiberné, Laisse donc l’oeil saigner » disait-il, déjà, sur ‘Le parcours d’une larme’ en 2002), Oxmo semble avoir mis de côté la gravité qui le caractérisait au profit d’une bonhomie douce amère et ramène, au moins le temps d’un disque, l’insouciance des plus jeunes années.

« Longtemps pendant mon jeune âge, je pensais que les usines faisaient les nuages »

Auteur avec « L’amour est mort » d’un album sérieusement candidat au titre du disque le plus sombre de l’histoire, Oxmo n’est pas connu pour caresser l’auditeur dans le sens du poil. Triste au point de paraître complètement dépressif sur certains titres (‘Demain peut-être’), le MC s’est souvent fendu de quelques phrases définitives (« L’amour ? Un sentiment sorti des égoûts » sur ‘Vision de vie’, 1998) laissant penser qu’en plus de l’amour, l’espoir aussi repose à la morgue. Loin pour autant de dresser le portrait d’un monde idéal, « L’arme de paix » n’en demeure pas moins un disque beaucoup moins dur, comme si Ox s’était détaché de ses démons antérieurs, préférant la naïveté du bambin aux soucis quotidiens de l’adulte. Le refrain de Sly Johnson sur ‘Tirer des traits’ symbolise parfaitement l’impression générale livrée par le disque : le constat de choses tristes voire profondément douloureuses (« Les rêves s’éloignent tu cours à leur poursuite, en vieillissant de moins en moins de plumes poursuivent ») sur un ton enjoué, presque rieur. Tentative de décryptage du changement d’attitude en trois points.

Les femmes, les groupies et Oxmo.

‘Souvenirs’, ‘Le jour où tu partiras’, ‘Nous aurions pu’… Dans l’univers d’Oxmo Puccino, les histoires d’amour finissent forcément mal. La routine qui s’installe et toujours ce satané temps qui passe, la jalousie, les concessions qui font enfler la frustration… Sauf que là encore, Oxmo préfère désormais voir le verre à moitié plein. Ainsi, ‘J’te connaissais pas’ marque définitivement la rupture avec le ton de « L’amour est mort ». Là où Oxmo disait profiter des groupies (« Ta go c’est ma groupie, dès que m’assoupis elle s’accroupit » sur ‘Quand j’arrive…’, 2001), il les chasse aujourd’hui d’un revers de main, obligations conjugales obligent (« Maintenant moins de groupies à mes concerts, une bonne partie de mes coups de fils te concernent »). Volonté de rassurer les auditeurs en cette période de crise ? Même pas. Abdoulaye s’est trompé et a simplement changé (« J’te connaissais pas, comme tant d’autres j’étais assuré, qu’aucune ne m’aurait dans la durée »). Le risque de routine qui autrefois l’obsédait ne vient même pas freiner son optimisme saisissant. Cette fois, Oxmo paraît même prêt à envisager un happy end.

Le temps qui file, les occasions manquées et Oxmo.

Le Oxmo nouveau est arrivé ? En quelque sorte, oui. S’il est toujours aussi obsédé par ce temps qui file et qui en laisse tant sur le carreau, la problématique ne semble plus autant le perturber aujourd’hui, au point qu’il parvienne à en parler avec le sourire au coin des lèvres, presque avec sérénité. Sur ’24 heures à vivre’, Oxmo imaginait, avec quelques comparses, de quoi seraient fait ses derniers instants. Sur ‘Mines de cristal’ ou ‘Avoir des potes’, il rappelait à quel point les années qui s’écoulaient lui faisaient peur :
« J’ai dû apprendre à pardonner,
Vu le peu qu’il m’a tant donné,
Quand l’abandon te pend au nez,
Passent les années comme au café,
Tu vis de cap et d’épée,tellement enterré j’ai même pas 30…,
‘tendresse j’écris à mes potes,
Sans qu’ils soient zon-zon, tu sais le temps presse
Aigri à mon âge j’appréciais l’air gris, le choix est simple : se ressaisir ou moisir. »

Si cette préoccupation ne n’est pas miraculeusement envolée, il n’empêche qu’Oxmo n’en parle plus avec aigreur. Plutôt que de ressasser les occasions manquées et d’essayer de se battre contre des fantômes, Oxmo a accepté que le temps filait. Ceci étant acquis, il se demande maintenant « comment faire quelques heures de cinq minutes ».

Oxmo en 2009 : quel âge a t-il ?

Sur ‘A sens inverse’, Ox livre peut-être les clefs de cet album :
« La vie n’a pas de sens, j’ai fait le deuil,
L’impression de n’avancer que sur feuille,
Devant cette distance que l’on a creusé,
On essuie les yeux comme s’il pleuvait,
Je n’écris pas pour qu’on m’adore,
Ni pour qu’on soit tous d’accord ».

En une phrase, le sentiment de départ d’avoir affaire à un Oxmo enfantin s’évapore. Et s’il masquait derrière une candeur gamine le fait de s’être simplement rangé ? Lui qui dédicaçait « Le cactus de Sibérie » à « ceux qui sont d’accord » avoue avoir baissé les bras. Cette société qu’il vomissait, et qui le lui rendait bien au point de le marginaliser à l’époque de son deuxième album, a l’air d’avoir réussi à apprivoiser le rappeur. « J’ai surmonté mes erreurs, me tromper m’a rendu meilleur ». Lui qui redoutait plus que tout d’être contraint par les années à abandonner s’est essoufflé en cours de route. Volontairement, Oxmo a mis ses frustrations de côté et chanté, pour une fois, une partie de son bonheur sur disque.

« Le temps n’a pas déformé mes propos, ils mûrissent » sur « Le cactus de Sibérie »

Si le changement de tonalité dans le discours est dû à une certaine forme de maturité, le postulat de départ est instantanément invalidé. La maturité serait donc un pont vers une forme d’assagissement voire de détachement. Oxmo en Cohn-Bendit du rap ? Lorsqu’il fustige les Zemmour en herbe sur ‘Masterciel’ (« Le rap une sous-culture mais quelle idée ?! Ce sont des propos de fils de canidés »), il le fait presque mécaniquement, flow monocorde et voix lancinante en prime, comme s’il voulait à tout prix rappeler à qui l’aurait oublié qu’il fait encore partie de la grande famille des rappeurs. Un peu comme Dany le Rouge qui, de temps en temps pique une colère noire histoire de se rappeler ses plus belles années avant de cligner de l’œil sur son siège lors d’un énième meeting soporifique des Verts.

Divertissant et inoffensif. Quelques phrases toutes faites sauvées par une sincérité précieuse. On n’aurait pas pensé en dire autant d’un disque d’Oxmo Puccino et pourtant c’est le sentiment laissé par « L’arme de paix ». Si l’on met de côté l’escapade Blue Note, c’est la première fois que l’essentiel d’un album d’Oxmo Puccino n’est pas dans les textes. Enfonçant une fois de plus le clou dans son refus maintes fois répété depuis l’expérience avec les Jazzbastards de ne plus construire son album selon les méthodes traditionnelles (comprendre ici l’utilisation d’une boîte à rythme et d’un sampleur), Oxmo conserve la vibe et l’équipe de Lipopette Bar. Entre trouvailles ingénieuses (l’horloge de ‘365 jours’), livraison de mélodies potentiellement tubesques (‘Les unes, les autres’ et ce fredonnement féminin à l’efficacité publicitaire) et arrangements classieux (‘Véridique’), Vincent Taurelle, Vincent Taeger et Ludovic Bruni composent remarquablement l’architecture sonore de l’album en atteignant une symbiose quasi parfaite avec le rappeur sur certains titres (‘L’arme de paix’).

Si l’entracte que constituait « La réconciliation » avait donné l’occasion à Oxmo Puccino de se faire plaisir et de revenir avec succès à un rap plus « traditionnel », son dernier album concrétise un flirt entamé depuis un moment avec la chanson française. Force est de reconnaître que si le « Black Jacques Brel » cherchait à « tendre vers de la chanson populaire », « L’arme de paix » est alors à considérer comme une réussite en proposant une sorte de fusion assez inédite entre la variété et le rap. Opportunité pour Oxmo de glaner d’avantage d’auditeurs mais risque également de perdre quelques uns de ses fidèles. Triste constat mais c’est comme si un Oxmo heureux engendrait des auditeurs frustrés.

Article paru sur l’Abcdrduson.com.

Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Chronique : Seth Gueko – Patate de forain

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Chronique par Mehdi | Publiée le 18/05/2008

Sortie : Mars 2007
Durée : 64’20
Label : Neochrome
Format : CD

« 2005, t’as gravé mon street-cd
2007, tu vas renifler mon slip pd »

Eté 2007. Neochrome lâche un autre glaire dans les bacs rapologiques français. Les projets du label dirigé par Yonea se sont multipliés depuis la fin des années 90 . Seth Gueko, le public rap connaissait vaguement le bonhomme. « Tête de roumain, zgueg de poulain », un MC technique, brut et plutôt prometteur.
Et le street-cd est arrivé pour confirmer ce premier sentiment. Gheko était définitivement de ces rappers gonflés de testostérone qui alignent les rimes sans qu’elles forment obligatoirement un ensemble cohérent mais dans le seul but de casser la gueule de l’auditeur. Un viking du rap qui préférait définitivement le rouge au bleu. L’identité est connue de tous, l’album peut débarquer.

« J’aurai dû appeler mon album Neochrome 4 »

On ne compte plus les rappers qui, jouissant d’un buzz considérable après la sortie d’un premier street-cd réussi, se sont grillés par la suite en enchaînant les apparitions inutiles ou en cherchant vainement à surprendre l’auditeur. Si Seth Gueko a enchaîné les apparitions, il n’essaye pas de surprendre l’auditeur. Surtout pas. Son ambition n’est pas de faire de son disque un classique ou de conquérir un public plus large que le public rap traditionnel. Pas de fioritures, juste une cascade de mots. Le disque aurait dû s’appeler « Patates de forain ». Démonstration.

« Aux yeux de ma mère, je mène une vie d’ange, à tes yeux je te fais l’amour, à mes yeux je fais ma vidange »
« Intérieur cuir Emile Louis Vuitton »
 » Me faire tatouer mort aux flics à l’encre de chine me hante l’esprit comme un vieux sample de film »
« Je suis rentré dans le pe-ra comme dans une chambre de fille, pour tout baiser »
 » Mieux vaut un mort sur les bras qu’un travelot sous ses draps »
 » Laisse pas Emile Louis sur l’île de la tentation »
 » Je te mets la puce à l’oreille, la bite à la bouche »
« Je paye tout en liquides, j’ai des parts à la banque du sperme »

On pourrait continuer encore un moment comme ça. Moins brouillon qu’il n’y paraît, « Patate de forain » a une véritable ligne directrice. Beaucoup de disques, d’artistes se révèlent contradictoires, oscillent entre textes violents et hymne fédérateurs. Ici, la haine anti-flics est assumée de bout en bout au travers de bons mots tous plus violents les uns que les autres, les allusions à Guy Georges et Emile Louis jalonnent le disque et le rap américain en prend pour son grade (« Nique les states, le rap crèche à St Ouen l’Aumône »).

Il ne serait pas utile de parler longtemps des productions tant le MC semble dévorer toute la surface sonore possible. D’ailleurs, il n’y aurait pas grand chose à en dire. Hormis une prod d’Animalsons qui semble avoir été faîte il y a 6 ans et la confirmation du talent du jeune Kevin Ramos, peu de choses retiendront l’attention de l’auditeur. Ca n’est pas grave. Seth Gueko ne s’est pas fait connaître pour son goût des belles mélodies et, comme ça a été dit plus haut, il n’était pas question de surprendre.

« Patate de forain » est un énième disque « de rue », « hardcore » ou « underground ». Il n’apporte rien de neuf. Hormis un sens de la formule totalement inédit. « 1 pour la plume » comme dirait Flynt même s’il ne s’agit pas vraiment de la même. Ce qu’il y a de fascinant c’est la facilité avec laquelle Gueko semble aligner les punchlines, les assonnances et autres rimes multi-syllabiques sans jamais perdre de vue son objectif : déverser sa haine, peu importe qui elle vise. 18 titres et aucun déchet. 18 titres et aucun sommet non plus. Si les morceaux ne suivent pas obligatoirement de thème, l’ensemble est parfaitement cohérent. Qu’il rappe en manouche (‘Hein mon Zincou’), avec l’énervé Escobar Macson ou qu’il reprenne un classique de Rohff (‘Chiale pas’), Gueko mène le tout de main de maître non sans un certain charisme.

Adressé à un public averti, on aura toutefois du mal à écouter le disque d’une traite. Suivre le rappeur dans ses péripéties peut s’avérer éprouvant. Seth Gueko frappe sans répit, peu importe que l’adversaire soit déjà à terre. Pas de pause ou d’interlude. Ca rappe à 200 à l’heure et tant pis pour ceux qui ont lâché prise en cours de route.

Depuis 2007, il s’en est passé des choses pour Seth Gueko. Entre temps, le rappeur a eu le temps d’asseoir son style et de bâtir son propre univers. Du statut de MC prometteur, « Al Poolvordino » est passé à celui de valeur sûre du rap hexagonal, de ceux dont chaque apparition est guettée et mille fois commentée. Nouveau statut qui ne semble pas affecter le moins du monde le principal protagoniste dont le prochain projet devrait, enfin, être son premier album. Le buzz n’a jamais été aussi important.

« Je suis sorti d’une chatte, je peux bien rentrer dans le top album »

Article paru sur l’Abcdrduson.com.

Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Chronique : Termanology – Politics as usual

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Chronique par Mehdi | Publiée le 04/10/2009

Sortie : 30 septembre 2008
Durée : 45’31
Label : Nature Sounds
Format : CD

« Politics as usual » a beau être un premier album, Termanology n’est pas exactement un nouveau venu pour autant. Depuis que ‘Watch how it go down’ a été clipé et regardé des centaines de milliers de fois sur Youtube, Termanology est immédiatement devenu un de ces espoirs new yorkais grâce notamment aux « Hood Politics », série de mixtapes qui ont contribué à l’installer et ont permis d’en savoir un peu plus sur ses qualités microphoniques. Le risque étant évidemment qu’il se « papooise » et finisse dans l’oubli général après avoir paradé dans un clip tourné au caméscope de trop. Plus chanceux ou, au choix, plus futé, Term a finit par sortir son album après avoir joué au chat et à la souris avec les maisons de disques, qui ont mis du temps avant de lui proposer un deal avantageux. Un premier constat s’impose d’emblée : Termanology sait s’entourer.

Easy Mo Bee pour produire une intro sur laquelle Termanology se permet même de ne pas rapper, DJ Premier, Buckwild, Alchemist, Nottz, Hi-Tek, Large Professor, Pete Rock & Havoc aux machines. Pour un premier album, on n’avait pas vu un pareil casting de producteurs depuis le premier The Game. Si l’on se restreint à New York, il faut sans doute revenir à « Illmatic » pour retrouver un parrainage aussi prestigieux. Ca tombe bien, la qualité du premier album de Nas est une sorte d’objectif avoué après lequel court Termanology. Côte featurings, ce dernier s’est encore entouré de valeurs sûres, côtoyant légendes vénérées (Prodigy, Bun B) et MC’s respectés (Lil Fame, Sheek Louch, Freeway). Sur le papier, « Politics as usual » a tout pour raviver la flamme des plus nostalgiques et contenter ceux qui ont suivi le parcours de Termanology.

Le parallèle avec The Game peut être poursuivi tant Termanology s’apparente à son pendant new-yorkais. Car peu importe que le rappeur soit originaire de Boston, c’est bien à New York qu’il compte rendre ses lettres de noblesse tout comme The Game avait à cœur de remettre Los Angeles au goût du jour. Tous les deux adoubés par des figures emblématiques et prestigieuses (DJ Premier pour l’un, Dr.Dre pour l’autre), ils ne cachent pas le fait qu’ils ont d’abord été de gros fans avant de prendre le micro pour parler du rap et de son microcosme. Enfin, ils partagent un goût certain pour le name-dropping et remplissent leurs textes de références musicales. Pour son premier album, une bonne partie du gotha rap/r&b est reprise dans les couplets de Termanology. En vrac, on entend parler de Tupac, Kanye West, Jay-Z, Dr.Dre, Canibus, Akon, Treyz Songz, Lil Wayne, Havoc, The Game et bien sûr Big Pun dont il aime à se voir comme sa réincarnation. Le point culminant étant évidemment ‘So amazing’, egotrip explosif sur lequel il n’hésite pas à apostropher Dre (« Yo Dre, you should hit me with some beats, I’ll write the whole Detox in one week ») où à invoquer les plus fameux esprits (« I’m in the lab, just me & Preemo, the ghost of James Brown and the soul of Chris Rios »). La comparaison avec l’auteur de « The Documentary » ne s’arrête pas là puisque, comme lui, Termanology ne se gêne pas pour emprunter des rimes célèbres en forme d’hommage. Ici, le couplet de Biggie sur ‘Victory’ est détourné (« Just look how they bagged Michael/Which one ? Any one/Jordan, Jackson, Action, pack guns/Ridiculous, how they shipped to us ») ainsi que quelques unes des plus célèbres phases de Jay-Z (« I ain’t lookin’ at you dudes, I’m lookin’ past ya », « I got 99 problems but you just ain’t one »).

« Plus I’m/5 mixtapes deep, 20 song eachs, did it all unsigned »

S’il serait légèrement injuste de dire que les mixtapes ont essoufflé le rappeur, force est de constater que l’album a perdu la spontanéité qu’on trouvait dans ses précédentes galettes. Comme beaucoup d’autres, Termanology s’est comme qui dirait plié aux codes du passage à l’album. Pour rentrer dans les clous, il a fait son morceau pour les filles (‘Please don’t go’), son hymne à la défonce (‘Float’), son titre introspectif (‘Sorry I lied to you’) et ses collaborations respectueuses avec des MC’s confirmés (‘Hood shit’, ‘In the streets’, ‘How we rock’, ‘Drugs, crime & Gorillaz’).

Le seul problème étant que Termanology n’a pas la palette d’un Nas ou d’un AZ pour explorer ces différentes thématiques avec la même réussite. A partir de là, c’est comme s’il y avait deux rappeurs en un. Le premier est capable de lâcher des flows étonnants, des egotrips aux punchlines bien acérées (« Marry two bitches, go and cop em the same ring ») et parle du milieu rap avec un enthousiasme rare. Parce qu’au micro, Termanology a l’allure d’un gamin à qui les parents ont donné la permission de se joindre à un repas d’adultes. L’occasion pour le bambin de se frotter à ces grandes personnes qu’il écoute régulièrement en cachette, de vérifier si ce qu’on raconte sur eux est bien vrai et s’il va pouvoir leur parler sans complexes. Et puis, dès que Termanology abandonne cette posture de fan et cherche à faire autre chose que citer ses MC’s préférés sur un instru boom-bap, on le sent tout de suite plus limité. Le symbole de ce phénomène étant un morceau comme ‘We killin’ ourselves’ et son histoire de rue classique mollement racontée sur une production sans surprises de Pete Rock. Dès que Term sort de son carcan et pond des textes plus « urbains », il donne soit l’impression de se répéter ou se fait éclipser par des invités plus à l’aise que lui. C’est le cas sur ‘Hood shit’, morceau poisseux par excellence et porté par la prod scorsesienne d’Alchemist. Si Termanology paraît tout heureux de cocher la case « featuring avec Pee », ce dernier développe une forme de nonchalance agressive épatante (« And we never vacation/ It’s a video or movie/ Man we stay on location/Be on your sets with our uzis ») caractéristique de bon nombre de ses récentes apparitions. Il en est de même sur ‘How we rock’ lors duquel Bun B rappe avec l’autorité d’un père qui sermonne son enfant.

Côté productions, en revanche, la machine est bien huilée et ne s’enraye pas. Hormis Pete Rock qui se contente du service minimum, les différents intervenants s’en sont donné à cœur joie. Qu’il s’agisse d’Hi-Tek et de son beat souterrain terriblement entêtant (‘In the streets’), des ensoleillements musicaux de Nottz (‘Float’, ‘Please don’t go’), de la mélancolie très « rentrée des classes » de Large Pro (‘Sorry I lied to you’) ou des rouleaux compresseurs façonnés par Primo, le travail est bien fait et permet au disque de s’écouter d’une traite sans difficultés. Toutefois, si la qualité générale de l’album est indéniable, on peut logiquement se poser des questions quand on voit que deux des meilleurs morceaux, ‘Watch how it go down’ et ‘So amazing’, étaient connus depuis un moment de par leurs présences sur les mixtapes. A vouloir remplir un rôle pour lequel il n’est sans doute pas encore taillé, Termanology s’emmêle parfois les pinceaux et empêche certains morceaux d’être davantage que de simples « bons titres ».

On dit parfois qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Il semblerait finalement que, dans le cas de Termanology, la maxime ne soit pas respectée. En effet, la pochette de l’album est assez symptomatique des réserves qu’on peut émettre à l’écoute du disque. Photoshopée avec les pieds et d’un mauvais goût évident, elle est à peine plus soignée que celles des « Hood Politics ». Un peu comme l’album qui souffre forcément de la comparaison avec les mixtapes précédentes. D’ailleurs, à l’heure où ces lignes sont écrites, « Hood Politics VI » est disponible. Et sa pochette est plus réussie que celle de « Politics as usual ».

Article paru sur l’Abcdrduson.com.

Publié par : Mehdi | novembre 8, 2009

Chronique : Youssoupha – Eternel recommencement

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Chronique par Mehdi | Publiée le 08/06/2008

Sortie : Novembre 2005
Durée : 56’14
Label : Bomayé Musik
Format : CD/DVD

C’est étrange comme le rap paraît simple parfois. Prenez une entêtante boucle de piano, un MC avec des idées plein la tête, donnez lui un micro et laissez le rapper plus de 6 minutes. A l’arrivée, on obtient ‘Eternel recommencement’, titre phare de ce street dvd qui fut le premier projet de Youssoupha en solo. Morceau choc que tous les rappeurs rêvent de faire. Rien d’inédit pourtant comme le précise le maître de cérémonie avant de commencer à « brailler sur des dizaines de mesures ». Tout ce qu’il dit a déjà été rappé par ses prédécesseurs et sera repris par les suivants. Pourtant, ces 6 minutes 12 nous laisseraient presque sur notre faim tant la nuque ne s’arrête pas de faire des va et vient au rythme des rimes acérées du MC. Pas de refrain, juste une avalanche de mots. Voilà comment Youssoupha s’est présenté au monde.

Si le morceau ne se voulait pas original, le format du projet l’était davantage. Au lieu de proposer un street-cd, le lyriciste Bantu sort un street dvd. Même si les 10 morceaux (11 avec ‘Le Rapporteur’, morceau rétrospective de l’année rap français 2005) constituent l’intérêt principal du projet, le DVD a le mérite de nous en apprendre davantage sur le protagoniste principal. Son histoire, son entourage, ses fans (qui comptent Olivier Besancenot parmi eux) ses influences…Ces différents points sont abordés sans longueur et permettaient d’annoncer le premier album du MC, « Négritude.

« Les tiens, les miens et rien qu’une différence »

Outre le titre éponyme du projet, le disque regorge de temps forts. ‘Toubab’ est sans conteste l’un d’eux. Youssoupha s’interroge alors sur la place en France des immigrés, de ces « blédards devenus banlieusards » et sur les rapports qu’ils entretiennent avec les « locaux », les Blancs. Là encore, le sujet n’est pas nouveau et d’autres rappeurs avaient déjà évoqué la relation ambiguë qui peut résulter de cette cohabitation. Le morceau rappelle immanquablement un couplet de Dany Dan posé sur ‘Immigré life’ :

« J’habite la ville de Boulogne mais bon je viens de Centrafrique,
Paris mon île, la Monopolie géante,
La Tour Eiffel me fait de l’ombre, rend plus sombre mes gens,
Pour dénigrer mon pedigree les Occidentaux sont forts,
En France 15 % d’entre eux rêvent de me jeter dehors,
Ils ont foulé du pied les astres,
Pour eux le futur est dans l’espace car ils savent déjà que sur la Terre leur œuvre est un désastre,
Même si ce sont des as de la science,
Même si leur médecine m’a maintes fois sauvé la vie depuis ma plus tendre enfance,
Ils ont exterminé des peuples, réduits d’autres aux rang d’esclave,
A la pensée d’un Jésus Christ noir, de rire ils s’exclament,
Mais à quoi bon les maudire? Mon téléphone cellulaire,
Tous les jours, me rappelle que je vis dans leur univers, leur hémisphère,
Beaucoup d’entre eux sont mes amis,
Mais le monde est le monde et à chacun sa vie. »

Youssoupha semble ainsi prolonger le « A quoi bon les maudire ? » du Sage Poète lorsqu’il dit « J’ai longtemps cru que te haïr me rendrait plus fort ». On peut souvent entendre des immigrés manifester leur déracinement. « Etranger ici, étranger au bled » est une phrase récurrente. Rares sont les rappeurs qui sont parvenus, avec autant de facilité, à traduire ce malaise. Sans diaboliser la France ou enfermer l’Afrique dans des clichés exotiques. Il ne s’agit pas de placer d’un côté la France en simple bourreau et les Etats Africains en victimes d’une politique esclavagiste et coloniale aux retombées encore actuelles. Il y en a autant pour le vice des multinationales qui confondent le continent africain avec un plateau de Monopoly que pour la corruption qui ronge trop de gouvernements africains.

Au fil des 10 morceaux, Youssoupha s’efforce de conserver cet équilibre dans le discours. En même temps qu’il subit le racisme et les différentes formes de discrimination, il fait très attention à ne pas tomber dans la complainte pure et simple. Contrairement aux autres membres de sa famille restés au Zaïre, Youssoupha vit en France et, malgré les aléas du quotidien, est définitivement un privilégié. En relativisant sa situation (« Mais j’ai arrêté de geindre, moi je suis official dans l’espace Schengen donc plus vraiment à plaindre »), il conserve une pensée pour eux et les met carrément à l’honneur lors d’un ‘Post Scriptum’ qui leur est destiné. Encore une fois, Youssoupha est tiraillé entre ses soucis de banlieusard (« Si les gars achètent mon disque ça sera strass paillettes sinon ce sera un vigile de plus à Lafayette ») et la volonté de ne pas avoir de mots déplacés envers ceux restés au « bled » (« Et dire que je crie à l’aide, je t’imagine en train de rire de mes soucis de Parisien de merde »). Le propos renvoie aux récentes interviews données par Baloji à l’occasion de la sortie de son dernier album.« Hotel Impala » a été démarré après que l’artiste ait reçu une lettre de sa mère restée au Congo et dont il n’avait plus eu de nouvelles depuis des années. Lorsqu’il y est retourné pour offrir son disque à sa mère, il précise que les choses se sont mal passées, que lui ramener un CD était quelque chose de « déplacé » comme pour souligner une nouvelle fois le clivage entre ici et là bas.

Né en Afrique et vivant en Europe, Youssoupha est porteur d’une véritable double identité qui le distingue de bon nombre d’autres rappeurs français. Dans le DVD, Youssoupha révèle que, lorsqu’il devait mentionner son département plus jeune, il n’inscrivait pas 95 ou 93 mais 99. Qu’il le veuille ou non, Youssoupha apporte, au moins malgré lui, du sang neuf dans le microcosme du rap français. Son histoire particulière semble l’interdire de se conformer aux différentes tendances auxquelles le rap peut être soumis et lui imposer une sincérité à toute épreuve. Le rap n’a jamais été aussi racailleux ? Youssoupha s’exclue lui-même de la tendance (« si un lascar ne pleure pas alors je veux pas être un lascar »). Le rap n’a jamais été aussi léger et matérialiste ? Youssoupha contourne le mouvement en réaffirmant son identité (« J’aimerai écrire sur les belles blondes mas putain je viens du Tiers Monde »).

On comprend aussi que Youssoupha est un véritable passionné de rap. De M.O.P à Oxmo en passant par Tupac et Lino, les références sont nombreuses et démontrent qu’avant de prendre le micro, Youssoupha a d’abord été un fan. Qu’il se lance en egotrip ou qu’il lâche des morceaux à thèmes, il ne perd jamais une occasion de rendre hommage à ses aînés. Dans le registre des morceaux à thèmes, il serait d’ailleurs difficile de ne pas parler de ‘Youssoupha est mort’. Quand Oxmo partait d’un enterrement pour s’interroger sur la sincérité des rapports humains, Youssoupha met carrément sa mort en scène. Simple et efficace, le beat de Bee Gordy est sublimée par le MC qui semble parler directement de l’au-delà.

« Tu bouges la tête machinalement parce que ma rime est trop sophistiquée »

Au delà de la sympathie qu’on peut avoir pour le personnage, Youssoupha démontrait donc tout le long de ce projet qu’il possède également des aptitudes hors normes. En effet, il s’imposait d’emblée comme un de ces rappeurs sachant allier fond et forme sans que l’un empiète sur l’autre (« Je mélange mes fantasmes et mes peines comme dans ce rêve où ma semence de nègre fout en cloque cette chienne de Marine le Pen »). Si le flow de Youssoupha est moins technique, il n’en garde pas moins une spontanéité qui colle parfaitement avec le propos du disque.

« La Négritude en France, voilà un sujet qui fâche »

Finalement, « Négritude » n’aura pas vu le jour. En tout cas, pas dans la forme souhaitée au départ. Pourtant au détour de plusieurs apparitions, Youssoupha nous avait rabâché ce titre emprunté au concept créé par feu Aimé Césaire. Malgré sa volonté affichée d’en découdre avec le formatage de certaines maisons de disques (« L’histoire m’enseigne que la différence ne nuit pas à la cause et tout ira bien tant que tu considèreras pas le rap comme ta chose »), l’album s’est finalement appelé « A chaque frère ». On ne saura jamais dans quelle mesure l’album correspond véritablement à ce que Youssoupha voulait faire initialement. Quoi qu’il en soit, le meilleur morceau d’ »A chaque frère se nomme ‘Eternel recommencement’. Comme si, à la manière d’un Nas, Youssoupha s’était dépassé dès son premier projet, se condamnant ensuite à éternellement chercher à retrouver cet état de grâce.

Article paru sur l’Abcdrduson.com.

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